février 23, 2018 11:21

Publié par Frédérique Danielle LEBEL

Exposition Camile Claudel

A une heure de train de Paris, à Nogent-sur-Seine, le tout récent musée consacré à Camille Claudel a été inauguré en 2017, soixante quatorze ans après la mort de cette insoumise artiste. A découvrir : plus de 200 sculptures, dont 43 de Camille Claudel. Les collections, magnifiées par le bâtiment conçu par l’architecte Adelfo Scaranello montrent dans quelle mesure Camille Claudel s’inscrivit dans son temps tout en s’en démarquant d’une manière profondément originale.

Nogent-sur-Seine : le berceau de la famille Claudel

Portrait de Camille Claudel à 20 ans par César et Portrait de Rodin par Etienne Carat vers 1879

Camille Claudel vivait à Nogent-sur-Seine* avec sa famille lorsque, encore adolescente, elle affirma sa vocation d’artiste. Elle y rencontra le sculpteur Alfred Boucher qui comprit ses dispositions exceptionnelles, l’encouragea et sut la conseiller dans son apprentissage. Aujourd’hui, les quarante-trois œuvres de Camille Claudel exposées au sein du musée constituent la plus riche collection publique consacrée à l’artiste. À ses côtés, les sculptures de ses contemporains académiques ou d’avant-garde permettent une véritable immersion dans la sculpture française de la fin du XIXe siècle à la Première Guerre mondiale.
Le musée, adossé à la demeure familiale expose de nombreuses oeuvres des contemporains de Camille : Marius Ramus, Paul Dubois, Alfred Boucher. C’est d’ailleurs ce dernier, lauréat d’un second prix de Rome en sculpture en 1876, qui décela très vite le talent de Camille Claudel, et qui conseilla à son père Louis-Prosper Claudel de quitter Nogent-sur-Seine où il exerçait la profession de conservateur des hypothèques, pour s’installer à Paris. La jeune Camille suit alors des cours à l’Académie Colarossi, et Alfred Boucher passe deux fois par semaine pour suivre ses travaux jusqu’en 1882. Cette année la, Alfred Boucher eut l’opportunité de partir à Florence, obtenant d’Auguste Rodin la promesse de prendre le relais auprès de Camille « son élève si douée ». On connaît la suite… La passion dévorante, la fusion fragile, la fureur de la séparation, le désespoir de son internement à l’asile Ville-Evrard… Le destin tragique d’une femme-muse enflammée.

*aux portes de la Champagne, dans le département de l’Aube.

Nogent-sur-Seine, une ville de sculpteurs

L'Aurore, vers 1900 et Auguste Rodin sculpté par Camille Claudel

L’Aurore, vers 1900 et Auguste Rodin sculpté par Camille Claudel©Frédérique Lebel

Par les caprices du hasard, les quatre sculpteurs, renommés de leur vivant, ont habité un temps à Nogent-sur-Seine : Marius Ramus (1805-1888), Paul Dubois (1829-1905), Alfred Boucher (1850-1934), Camille Claudel (1864-1943). Ils ont entretenu des rapports inter-générationnels professionnels et d’amicale estime. Le musée de Nogent-sur-Seine créé sous l’impulsion d’Alfred Boucher présente aujourd’hui un ensemble majeur de sculptures de ces quatre artistes, enrichi de nombreuses créations de leurs compatriotes.
Au faîte de la réussite, Alfred Boucher œuvre pour donner à Nogent-sur-Seine le musée qui lui avait manqué pendant sa formation auprès de Marius Ramus. Ce philanthrope puise largement dans sa collection personnelle et sollicite ses amis et connaissances alors que la Ville acquiert le bâtiment dit le « Château » pour l’abriter. Les enfants de Marius Ramus et Paul Dubois apportent leurs concours. Le musée municipal Dubois-Boucher est inauguré le 12 octobre 1902.
Le 21 mai 1905, la galerie de sculptures constituée principalement de modèles à grandeur de commandes destinées à l’espace public est à son tour inaugurée grâce aux généreuses contributions d’amis d’Alfred Boucher et de la veuve de Paul Dubois. Le musée est alors en capacité d’accueillir la maquette en grandeur de « Jeanne à cheval » promise par Paul Dubois le jour même de la cérémonie inaugurale de 1902. La spécificité du musée se renforce, les dons de fonds d’ateliers en font un musée de sculpture et de sculpteurs de la période de 1870 à 1910. Cette particularité ira en s’affirmant grâce à une politique d’acquisition cohérente menée entre 1980 et 2013 jusqu’à l’achat des œuvres de Camille Claudel auprès de Reine-Marie Paris et Philippe Cressent en 2008. La même année, la ville se porte acquéreur du seul marbre monumental de l’artiste, « Persée et la Gorgone », grâce à la participation de mécènes et du fonds du Patrimoine, attribué par le ministère de la Culture et de la Communication.

La collection Camille Claudel

Camille CLAUDEL Les Causeuses au paravent, 1893 - 1905, bronze et marbre ou albâtre teinté, fonte Eugène Blot, 1905

Camille CLAUDEL Les Causeuses au paravent, 1893 – 1905, bronze et marbre ou albâtre teinté, fonte Eugène Blot, 1905

Le musée Camille Claudel de Nogent-sur-Seine est le seul au monde à pouvoir présenter l’évolution de l’art de Camille Claudel, de sa première participation en 1885 au salon annuel – le Salon des artistes français – à ses dernières années de production vers 1905. On peut la suivre, de ses premiers pas dans la carrière accompagnée par Alfred Boucher, puis dans les années décisives à partir de 1884 dans l’atelier de Rodin, (grâce à un dépôt de longue durée du musée parisien éponyme). Arrive ensuite la période la plus féconde (1889-1898), entre le bonheur d’un amour nourri de plénitude artistique et l’impatience d’une reconnaissance propre de son art, jusqu’à la chute, la paranoïa.
Cette collection unique est un « passage obligé » dans la compréhension de l’œuvre de l’artiste. Replacée dans le contexte de la création sculpturale de son époque, la personnalité de Camille Claudel apparaît nettement. Proche des milieux symbolistes, elle privilégia le concept, la création, la dimension universelle à travers des sujets qui parlent de la vie.

Musée Camille Claudel

©Frédérique Lebel

www.museecamilleclaudel.fr

www.aube-champagne.com

Copyright : Frédérique Danielle Lebel
Crédits Photo : musée Camille Claudel, Yves Bourel

A lire aussi sur Dynamic Seniorshttp://dynamic-seniors.eu/marie-therese-auffray-alencon/

Classés dans :

SUR LE MEME THEME

Notre-Dame du Bourg à Rabastens, un joyau de style gothique occitan.

mercredi, juin 20, 2018

Inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO : la flamboyante église tarnaise de Rabastens

Terre du pastel, de Toulouse-Lautrec, de l’ail rose, des vins de Gaillac, de la spectaculaire cathédrale en briques Sainte-Cécile d’Albi, le Tarn peut s’enorgueillir de cinq pépites remarquables, inscrites au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Parmi ces cinq joyaux, la flamboyante Notre-Dame du Bourg à Rabastens, un joyau de style gothique occitan.

En savoir plus

Auguste Pointelin à Dole

lundi, juin 18, 2018

La peinture d’Auguste Pointelin : à découvrir au musée des Beaux-Arts de Dole

La souriante ville de Dole dans le Jura est à découvrir à pied, en flânant, nez en l’air, pour admirer tous les détails architecturaux de cette cité, qui fut la prospère capitale de la Comté jusqu’en 1678. Parmi ses lieux incontournables : le musée des Beaux-Arts. Installé depuis 1980 dans le pavillon des officiers, cet édifice […]

En savoir plus

Marie Lincourt

lundi, juin 11, 2018

Voyage au bout de la vie de Marie Lincourt

Marie Lincourt va vous faire vibrer au travers de ce nouveau roman Voyage au bout de la vie…  le troisième d’une trilogie. Passionnée et passionnante, elle sait capter votre attention. Aventurière dans l’âme, elle aime voyager. C’est avec un brin de malice et de passion qu’elle raconte ses aventures africaines. Au travers de ses romans […]

En savoir plus