Au paradis des arts guyanais

Evasion, Voyages

Au paradis des arts guyanais

165

Les arts guyanais, il fallait y penser ! On se rend souvent dans ce petit bout de France niché en Amérique du Sud (la Guyane française) pour s’aventurer en forêt amazonienne, découvrir Kourou ou les bagnes de Cayenne et des îles du Salut. Plus rarement pour son art. Et pourtant…

Sur ce territoire se déploie une incroyable mosaïque de cultures : créole, métropolitaine, amérindienne, marron… Nous nous sommes intéressée aux deux dernières, particulièrement frappantes sur le plan de leurs pratiques artistiques.

Arts-guyanais - Femmes Bushinengue ou Marron

Femmes Bushinengue ou Marron ©LECTGuyane

L’art amérindien, le premier des arts guyanais

Le plus ancien des arts guyanais  est celui des Amérindiens qui remonte aux cultures pré-colombiennes. Au moins au XIIe siècle. Il laisse comme témoignage de nombreuses poteries incisées ou peintes de motifs géométriques, animaux et humains. Un art qui se perpétue aujourd’hui au sein des sept peuples amérindiens de Guyane dont les Kali´na, Wayana ou Palikur. 

Parmi les éléments emblématiques de cette culture raffinée, se distingue le « ciel de case ».  Apparu au XIXe siècle, il orne traditionnellement la charpente du carbet (hutte) et doté de pouvoirs magiques, protège la communauté. Sur cette peinture circulaire guerriers, poissons coumarou, crapauds, poules, tortues, serpents, tamanoirs et monstres aquatiques forment une ronde stylisée et rythmée. Du plus bel effet !

Poteries et broderies amérindiennes, centre amérindien Kalawashi à Kourou

Poteries et broderies amérindiennes, centre amérindien Kalawashi à Kourou ©Valérie Collet

Arts-guyanais - Ciel de case décorant la charpente d'un carbet, centre culturel Kalawashi, Kourou

Ciel de case décorant la charpente d’un carbet, centre culturel Kalawashi, Kourou ©Valérie Collet. A droite, ciel de case, culture wayana © EValenne_LECTGuyane

Des bijoux aux objets en plume amérindiens

Les Amérindiens excellent aussi par leurs bijoux tissés en graines et en fines perles de verre, matériau introduit dès les premiers contacts avec les Européens. Comme le textile, c’est un travail réservé aux femmes, les hommes ne dédaignant pas en revanche d’arborer sur leur torse ces jolis yeux de boeuf, de biche, de jaguar ou de flamboyantes graines de panacoco ! Leur « revanche », côté atelier, va à la plumasserie, art exclusivement masculin qui a peu évolué avec le temps, favorisé par une très riche avifaune. Il se destine aux parures de fête, aux cérémonie rituelles, marquant aussi l’appartenance à une ethnie particulière.

Colliers en graines amérindiens, centre culturel Kalawashi

Colliers en graines amérindiens, centre culturel Kalawashi ©Valérie Collet. A droite, cheffe coutumière amérindienne ©Jump Haut_LECTGuyane

Vannerie et calebasses pour le carbet amérindien

Du côté des arts domestiques, les Amérindiens s’illustrent par d’étonnantes calebasses gravées et bouillies métamorphosées en ustensiles de cuisine. Plus encore par la vannerie qui peut aussi avoir un usage cultuel. Essentiellement en liane franche ou en arouman (une écorce semblable à la peau humaine selon les Amérindiens) elle peut prendre une centaine de formes. Et est souvent liée à la consommation du manioc. Ainsi les hottes de portage, éventails à feu, couleuvres (presse) et manarés (tamis). Ils sont décorés de nombreux motifs à valeur identitaire, spirituelle ou cosmico-philosophique : chenilles, chauves-souris, pumas, queues de macaque…

Arts-guyanais - Carbet amérindien et vanneries ©FMarie_LECTGuyane. A droite, Vannière amérindienne, centre culturel Kalawashi, Kourou

Carbet amérindien et vanneries ©FMarie_LECTGuyane. A droite, Vannière amérindienne, centre culturel Kalawashi, Kourou ©Valérie Collet

Vanneries amérindiennes dont une couleuvre et un éventail à feu, centre culturel Kalawashi, Kourou

Vanneries amérindiennes dont une couleuvre et un éventail à feu, centre culturel Kalawashi, Kourou ©Valérie Collet

Le tembe ou art des Marrons 

Le tembe est un autre joyau des arts guyanais, original et méconnu. On le doit aux Bushinengue ou Marrons, ces descendants d’esclaves africains qui fuirent les propriétés coloniales du Suriname entre le milieu du XVIIe siècle et la fin du XVIIIe siècle. Il a pour support la sculpture sur bois (le koti tembe) et la peinture (le ferti tembe), toutes deux classées au patrimoine immatériel de l’Unesco. Mais il s’applique aussi aux calebasses gravées, pagaies, tissus brodés. Ou encore aux éléments architecturaux et aux arts corporels (scarifications, coiffures…). 

Etonnamment moderne, l’esthétique tembe se déploie en lignes ou en rubans entrelacés de façon complexe et harmonieuse, porteurs de sens plus ou moins explicites. Quand ils sont peints, leur palette est franche et réduite aux blanc, noir, rouge, vert, bleu et jaune.

Arts-guyanais - Sculpteur Saramaka (bushinengue) ©WKinnoo_LECTGuyane09 Pashilanga (le chemin est long) par l'artiste tembe Francky Amété, musée des cultures guyanaises © Antoine Rozès. A droite, peintre Tembé

Sculpteur Saramaka (bushinengue) ©WKinnoo_LECTGuyane

Fronton de maison décoré d'art tembé ©ABrusini_LECTGuyane11 Buvette avec peinture tembe, quartier de la Charbonnière, Saint-Laurent-du-Maroni ©Valérie Collet

Pashilanga (le chemin est long) par l’artiste tembe Francky Amété, musée des cultures guyanaises © Antoine Rozès. A droite, peintre Tembé ©LECTGuyane

L’art tembe : une renommée internationale

Très vivant aujourd’hui, représenté notamment par Franky Amete et Antoine Dinguiou, cet art des Marrons a acquis depuis les années 1990, une renommée internationale. Pour le voir appliqué à l’architecture, il faudra se rendre dans la commune de Papaïchton et les villages de Loka et Boniville, en pays Aluku. D’autres bourgades des bords du Maroni décorent aussi certaines constructions de ces motifs colorés. Enfin, on ne peut passer sous silence, parmi les arts guyanais, celui des communautés Hmong immigrées depuis le Laos dans les années 70. Ces excellents cultivateurs introduisirent en Guyane le fruit du dragon et le ramboutan. Ils ont aussi apporté leur art de la broderie et de l’appliqué pour leurs vêtements de fête. Une jolie surprise.

Arts-guyanais - Fronton de maison décoré d'art tembé ©ABrusini_LECTGuyane11 Buvette avec peinture tembe, quartier de la Charbonnière, Saint-Laurent-du-Maroni

Fronton de maison décoré d’art tembé ©ABrusini_LECTGuyane

Buvette avec peinture tembe, quartier de la Charbonnière, Saint-Laurent-du-Maroni ©Valérie Collet

Buvette avec peinture tembe, quartier de la Charbonnière, Saint-Laurent-du-Maroni ©Valérie Collet

Plus d’infos

Y aller

Air Caraïbes
Vols directs de Paris-Orly à Cayenne (8 à 9 heures), quotidiens pendant l’été et la plupart des vacances scolaires. Sinon 4 fois par semaine. A partir de 600 euros.
www.aircaraibes.com 

Se loger

Ibis Style*** à Cayenne : central, petite piscine
Hôtel Mercure Ariatel**** à Kourou : bungalows chic, grande piscine

Découvrir les arts guyanais

Musée des Cultures guyanaises
Maison coloniale avec son petit jardin présentant de nombreux objets du patrimoine guyanais.54 rue Madame Payé, Cayenne. Tél.: 05 94 28 27 69

Centre culturel amérindien Kalawachi
Achève sa restauration. Carbets, écomusée, ateliers artisanaux, repas typiques, jardin de plantes médicinales…
Route de Degrad Saramaca, Kourou. Tél.: 06 27 26 54 03

Arts-guyanais - Le centre culturel amérindien Kalawashi à Kourou ©Valérie Collet

Le centre culturel amérindien Kalawashi à Kourou ©Valérie Collet

Musée Franconie, à Cayenne
Sa salle d’archéologie et d’ethnologie est consacrée au sujet
https://musee.ctguyane.fr/ws/collections/app/report/index.html

Acheter de l’art amérindien

GADEPAM à Cayenne
Une véritable caverne d’Ali Baba. Pour rapporter, bijoux, calebasses, sculptures etc.
11 rue Pichevin. Tél.: +594 594 38 21 43

Le muzé du ninport'koi, ouvert selon l'humeur. Une boutique "tout pour rien" à Cayenne, qui ne manque pas d'humour !

Le muzé du ninport’koi, ouvert selon l’humeur. Une boutique « tout pour rien » à Cayenne, qui ne manque pas d’humour ! © Antoine Rozès

Se renseigner sur la Guyane et les arts guyanais

Comité du Tourisme de la Guyane, à Paris et à Cayenne
https://www.guyane-amazonie.fr/ 

En ouverture : photo du musée des Cultures Guyanaises à Cayenne ©Antoine Rozès

A lire aussi sur le Site Dynamic Seniors : https://dynamic-seniors.eu/escales-alsaciennes/

Comments are off this post!