À Mandelieu-la-Napoule, le Nord a trouvé son soleil

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À Mandelieu-la-Napoule, le Nord a trouvé son soleil

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Depuis l’après-guerre, une histoire discrète relie Mandelieu-la-Napoule aux familles de mineurs du Nord-Pas-de-Calais. Des vacances au château d’Agecroft à la Fête du Mimosa, cette fidélité a laissé une tendre empreinte dans la ville.

À Mandelieu-la-Napoule, je ne m’attendais pas à retrouver un peu du Nord. Je pensais chercher la lumière de la Méditerranée, le bleu de la mer… J’avais déjà trouvé en hiver les collines jaunes de mimosa, cette douceur de la Côte d’Azur qui donne envie de ralentir le pas. Et puis, en y retournant, quelque chose m’a rattrapée. Une présence discrète, familière. Une chaleur humaine que je connaissais déjà. Je suis originaire du Nord. Ma famille n’est jamais venue en vacances à Mandelieu-la-Napoule. Et pourtant, dans cette ville du littoral azuréen, j’ai senti comme un petit accent de là-haut. Il était posé dans les rues, dans les sourires, dans certaines histoires.

Nord - La douceur et la lumière de la Côte d’Azur s’expriment pleinement au lever du jour à Mandelieu-La Napoule. Au loin, les Îles de Lérins émergent doucement de la Méditerranée.

La douceur et la lumière de la Côte d’Azur s’expriment pleinement au lever du jour à Mandelieu-La Napoule. Au loin, les Îles de Lérins émergent doucement de la Méditerranée.

L’empreinte indélébile à Mandelieu-la-Napoule des gens du Nord

Sophie Brugerolles, directrice de la communication de Destination Mandelieu, nous a parlé de ces nombreux habitants venus du Nord. Certains se sont installés à Mandelieu-la-Napoule après y avoir passé des vacances. D’autres sont arrivés au moment de la retraite. Quelques-uns y vivent depuis longtemps. « Une chose m’a frappée chez eux : leur gentillesse. Cette manière simple d’accueillir, de parler, de rendre service, de créer du lien sans faire de grands discours. » J’ai souri. Parce que cette gentillesse-là, je la reconnais. Elle fait partie de ce que l’on appelle, avec tendresse, “l’esprit ch’ti”, celui des gens du Nord. Une pudeur chaleureuse. Une générosité directe. Une façon d’ouvrir la porte avant même de demander d’où l’on vient. De dire bonjour dans une boutique comme si vous étiez un client de longue date ! On ne voit pas cela ailleurs et très rarement à Paris !

Dans les hauteurs de Mandelieu, la vue sur la ville et la mer a de quoi séduire…

Dans les hauteurs de Mandelieu, la vue sur la ville et la mer a de quoi séduire…

Agecroft : un balcon sur l’Esterel pour les gueules noires

Cette histoire entre Mandelieu-la-Napoule et les gens du Nord ne date pas d’hier. Elle remonte à l’après-guerre, lorsque les Houillères du Nord et du Pas-de-Calais achètent, en 1947, le château d’Agecroft. Cette belle bâtisse surplombant la Méditerranée est construite avec les roches rouges du massif de l’Esterel. Elle devient alors un centre de repos et de vacances destiné aux mineurs et à leurs familles. L’idée était belle : offrir à ces hommes du fond quelques jours de soleil, de mer et de respiration. Eux qui passaient leur vie dans la poussière et l’obscurité des galeries pouvaient enfin découvrir un autre horizon.

Pour beaucoup, La Napoule fut le premier grand départ vers le sud. On quittait les corons et les terrils pour découvrir un château, un parc. Mais aussi la Méditerranée, les mimosas, cette lumière que l’on n’oublie pas et que les gens du Nord ne trouvent pas chez eux.

Nord - Le château d’Agecroft est le début d’une longue histoire d’amour entre les gens du Nord et Mandelieu-la-Napoule.

Le château d’Agecroft est le début d’une longue histoire d’amour entre les gens du Nord et Mandelieu-la-Napoule.

L’aventure vers la Grande Bleue

Les séjours à Agecroft avaient quelque chose d’une aventure. Les places étaient très attendues, parfois obtenues par tirage au sort. On préparait les valises avec soin, puis venait le long voyage en car et en train vers le sud. Après des heures de trajet, les enfants découvraient enfin la Méditerranée, plus bleue encore que sur les cartes postales.

À l’arrivée, le dépaysement pour les gens du Nord était total : la montée vers Agecroft, les chambres d’hôtel, les repas servis à table, les baignades, la pétanque, la belote, les bals du soir et les excursions vers Monaco, l’Italie ou l’arrière-pays. Pour les familles de mineurs, ces quinze jours représentaient bien plus que des vacances. C’était une respiration, une ouverture, un souvenir fondateur que beaucoup ont gardé toute leur vie.

Une respiration, une ouverture, un souvenir fondateur.

Une respiration, une ouverture, un souvenir fondateur.

Un lieu de vacances et de bonheur

Le château d’Agecroft domine encore la baie de La Napoule. Avec son allure de château écossais, il tranche dans le paysage méditerranéen. Mais pour des milliers de familles du bassin minier, il fut surtout un lieu de vacances, de repos et de mémoire. On l’a parfois surnommé le “château des mineurs”. Au fil du temps, près de 500 000 gens du Nord et du Pas-de-Calais seraient passés par La Napoule. Ce chiffre dit l’ampleur du lien. Il ne s’agit pas d’une simple anecdote locale, mais d’une belle histoire collective.

Ces séjours ont marqué les familles. Elles ont gardé l’habitude de descendre à Mandelieu-la-Napoule. Quelques-unes ont loué, d’autres acheté pour finalement s’y installer ou prendre leur retraite. C’est ainsi, sans grand discours, qu’un morceau du Nord a pris racine sur la Côte d’Azur.

Nord - La petite gare de Mandelieu a vu arriver de nombreux gens du Nord !

La petite gare de Mandelieu a vu arriver de nombreux gens du Nord !

Les Ch’tis prennent part à la vie locale

Cette fidélité ne s’est pas limitée aux souvenirs de vacances. Les gens du Nord n’ont pas seulement aimé Mandelieu-la-Napoule en visiteurs reconnaissants. Beaucoup ont aussi participé à la vie de la commune.

On les retrouve notamment autour de la Fête du Mimosa, l’un des grands rendez-vous populaires de Mandelieu-la-Napoule. Créée en 1931, cette fête célèbre la fleur emblématique de la ville, devenue capitale du mimosa. Chaque année, les corsos fleuris, les parades, les fanfares et les chars décorés transforment les rues. Mais derrière le spectacle, il y a beaucoup de travail. Les chars demandent du temps, des gestes précis. Il faut préparer les structures, accrocher le mimosa, couvrir les chars. Dans cette préparation, des gens du Nord ont pris leur part. Ils ont apporté leurs mains, leur énergie, leur bonne humeur et leur sens du collectif. Habitués aux carnavals ils avaient déjà de l’expertise !

En 2025, le Nord avait son propre char et qui en étaient les emblèmes ? Dany Boon et les mineurs bien sûr !

En 2025, le Nord avait son propre char et qui en étaient les emblèmes ? Dany Boon et les mineurs bien sûr !

De l’or noir à l’or du mimosa

Il y a dans cette histoire un contraste presque romanesque. D’un côté, le Nord minier, les corons, les terrils, la poussière, la solidarité ouvrière. De l’autre, la Méditerranée, les palmiers, les collines de mimosa, la lumière de la Côte d’Azur. Tout semble opposer ces deux mondes. Et pourtant, ils se sont rejoints à Mandelieu-la-Napoule.

Peut-être parce que les lieux de vacances ne sont jamais seulement des décors. Ils deviennent parfois des refuges, des repères, des lieux de transmission. On y revient parce qu’on y a été heureux. Mais on y emmène ses enfants parce qu’on veut leur donner un peu de cette joie-là. On finit parfois par s’y installer parce que le paysage est devenu familier. À Mandelieu-la-Napoule, les gens du Nord et leur famille n’ont pas seulement trouvé le soleil. Elles ont trouvé une seconde terre d’attachement.

Nord - La glace du mineur est bien positionnée, à côté de la glace de La Napoule !

La glace du mineur est bien positionnée, à côté de la glace de La Napoule !

La Gaillette, une glace noire en hommage aux mineurs

Lors de la visite de Mandelieu, nous sommes passés à La Cascade des Glaces. C’est la boutique du maître glacier Stéphane Vindret. Ici, une glace raconte cette histoire mieux que bien des discours : La Gaillette.

Dans le Nord, une gaillette, c’est un morceau de charbon. À La Napoule, il devient le nom d’une glace noire, créée en hommage aux mineurs. La recette a été élaborée par Jean-Pierre Caron. Elle mêle chicorée, spéculos, nappage caramel et charbon végétal, qui lui donne cette couleur noire. Elle évoque aussi les bebeluttes, ces bonbons du Nord, et les saveurs familières des familles de mineurs.

La Gaillette est une bonne curiosité gourmande. Une glace couleur charbon, un hommage aux hommes descendus au fond, à leurs familles, à cette histoire ouvrière qui a façonné des générations entières. J’ai goûté, bien sûr, et trouvé la glace délicieuse, aux saveurs du Nord.

J’ai testé ! Excellent !

J’ai testé ! Excellent !

Un Nord intérieur

À Mandelieu-la-Napoule, j’ai retrouvé un peu de mon Nord. Pas celui des clichés, ni des cartes postales. Un Nord fait de mémoire, de simplicité qui sait rire, travailler, aider et se souvenir. Un Nord qui garde quelque chose de ses corons et de ses solidarités anciennes, même sous le soleil de la Côte d’Azur.

Hasard de la visite, un groupe de gens du Nord est venu découvrir le château de La Napoule. On m’a raconté qu’ils ont chanté Le P’tit Quinquin dans la cour du château. Frissons garantis. Cela m’a fait penser à un autre moment récent, tout aussi prenant : les supporters lensois chantant Les Corons lors de la finale de la Coupe de France face à Nice. Des milliers de voix venues du Nord, reprises en chœur. Une émotion presque inexplicable pour qui connaît cette terre et cette fierté populaire qui ne disparaît jamais tout à fait.

Photos Caroline Paux

Infos pratiques

www.mandelieu-tourisme.com

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