A Gergovie, le musée qui fait revivre la victoire de Vercingétorix

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A Gergovie, le musée qui fait revivre la victoire de Vercingétorix

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Le plateau à deux pas de Clermont-Ferrand a été le cadre en -52 d’un affrontement majeur entre le chef gaulois et le dictateur romain. Depuis 2019, un musée moderne et didactique fait revivre cet épisode oublié de la guerre des Gaule de -58 à -51. Cette histoire se passe en 52 av. J.-C. Jules César, politicien ambitieux, peaufine ses manœuvres pour prendre le contrôle de Rome face à Pompée, son grand rival. Sa route vers le pouvoir absolu passe par Gergovie, l’oppidum de Vercingétorix, situé au cœur de l’Auvergne, à 744 m d’altitude. 

En unissant les peuples irrités par l’emprise toujours plus forte de Rome, ce chef arverne l’empêche, en effet, de conquérir la Gaule. Il lui faut donc le défaire pour poursuivre sa triple ambition : annexer la Gaule à l’Empire, faire fortune et prendre le pouvoir. Jules César part donc pour ce  plateau volcanique de 70 hectares où l’a attiré le chef gaulois. César en entame le siège. Mais les choses ne vont pas se passer comme il l’avait imaginé. C’est l’histoire de ce siège que raconte le Musée archéologique de la bataille de Gergovie ouvert depuis octobre 2019. 

Les débuts difficiles du musée archéologique de Gergovie

Installé sur ce plateau, ce musée recouvert à l’extérieur de plaques de fer aux tons rouille évoquant le travail des métallurgistes gaulois et de pierres rappelant les murailles enserrant l’oppidum de « Gergovia » a succédé à un précédent musée. Cet ancien musée de 300 m² était devenu bien trop petit pour y loger toutes les découvertes effectuées ces dernières années. Las, la pandémie de Covid est passée par là. Sitôt ouvert. Sitôt fermé. Le nouveau musée devra attendre quelques mois pour accueillir du public. Depuis deux ans, quelque 47 000 visiteurs, principalement venus de la région et du reste du pays,  s’y pressent chaque année pour découvrir les lieux emblématique du siège ainsi que les collections et scénographies proposées par le musée. 

A savoir

Chaque année, pas moins de deux cents rendez-vous sont organisés pour le public. Parmi eux, la confection d’une fibule (agrafe pour fermer les vêtements) ou les techniques romaines de combat. Des groupes de reconstituteurs viennent également sur site rejouer la bataille. Il y a aussi les journées du patrimoine ou les fêtes de la nature calées sur le calendrier (lunaire). Le 1er mai, la fête de Beltaine ; début août, celle de Lugnasad qui célèbre les récoltes ; le 31 octobre, celle de Samonios qui ouvre la nouvelle année. Ses héritières sont Halloween et la Toussaint. 

Gergovie - Le monument édifié en 1900 à la gloire de Vercingétorix.

Le monument édifié en 1900 à la gloire de Vercingétorix.

Napoléon III dans les pas de César à Gergovie

La défaite finale de Vercingétorix face à César a conduit dès le siècle suivant à l’abandon de l’oppidum par ses populations pour la ville de Clermont-Ferrand établie non loin de là. Le site de Gergovie tombe dans l’oubli jusqu’en 1560 quand un Italien, Gabriel Simeoni, fait le lien entre le plateau et la bataille de « Gergovia » évoquée par César. Rien n’est certain jusqu’en 1860 où la localisation de Gergovie est définitivement établie. Napoléon III, empereur des Français, était un grand admirateur de César. L’impératrice prenant les eaux à Vichy, le 9 juillet 1862, il l’accompagne sur le plateau pour admirer le site de la bataille. Napoléon III a, en 1865, accordé au village de Merdogne, a proximité du plateau, le droit de se rebaptiser Gergovie. Et nom « Gergovia » comme ses habitants le souhaitaient. Un local, dont la ferme portait déjà ce nom, a refusé d’y renoncer. 

A noter

Un fermier des environs a fourni le poulet mangé par Napoléon III à l’occasion de sa venue à Gergovie. Il a montré ensuite durant des années à ses visiteurs un os de poulet portant la marque, selon lui, des dents impériales…  alors qu’il y avait des centaines de convives. L’os « impérial » a aujourd’hui disparu. 

Le monument offert par les habitants de Merdogne pour commémorer la venue de l’empereur le 9 juillet 1862 et le remercier d’avoir changé le nom de leur cité pour Gergovie en 1865.

Le monument offert par les habitants de Merdogne pour commémorer la venue de l’empereur le 9 juillet 1862 et le remercier d’avoir changé le nom de leur cité pour Gergovie en 1865.

Des fouilles de Gergovie à Alésia

Dès la localisation de Gergovie connue, Napoléon III, qui publiera en 1866 un livre consacré à César, y a ordonné des fouilles, tout comme à Alésia où Vercingétorix s’est rendu aux Romains. Ces fouilles, réalisées entre 1861 et 1862, ont été remises en cause à l’avènement de la IIIe République puis validées dans les années 1990. Oui, il y avait bien un grand camp, à  la Serre d’Orcet, et un petit camp romains, à La Roche-Blanche, soient aux emplacements déterminés par les archéologues de l’époque. Le résultat de ses fouilles est largement présenté dans le musée mais le site est loin d’avoir livré tous ses secrets. Depuis 2000, de nouvelles campagnes de fouilles sont régulièrement organisées sur le site de Gergovie mais aussi de ses oppida voisins de Corent et Gondole. Sur le plateau même, des fouilles vont reprendre au niveau du « quartier des artisans ». 

Gergovie - Une campagne de fouilles a repris au niveau du parking 2.

Une campagne de fouilles a repris au niveau du parking 2.

Des milliers de légionnaires

César lors de son arrivée est accompagné de pas moins de six légions, soit quelque 25 000 soldats. Des troupes d’appuis constitués de 10 000 cavaliers éduens, une tribu gauloise, doivent aussi lui prêté main forte. Mais leur soutien est vacillant… Les fouilles ont permis de redécouvrir les fossés en V creusés par les Romains, qui installaient au sommet des talus des palissades, et un chemin, empierré et protégé, de liaison entre les deux camps. Mais peu d’autres vestiges en raison du côté éphémère des camps. Justes, entre autres, des pointes de scorpions ou des boulets de pierre destinés aux balistes. Ces armes, inconnues des Gaulois, ont permis de confirmer l’implantation romaine. Côté Gaulois, nettement plus nombreux que les Romains, les fouilles ont révélé  l’existence d’un vaste rempart  de sept mètres de haut et de quatre kilomètres construit sur le modèle… grec et percé d’au moins deux portes. 

Gergovie - L’équipement des Gaulois est présenté au musée de Gergovie.

L’équipement des Gaulois est présenté au musée de Gergovie.

Tout comme celui des légionnaires romains

Tout comme celui des légionnaires romains

A noter

Fondé dans les années 60 av. J.-C., l’oppidum de Gergovie disposait d’une grande place centrale dallée et  d’un réseau de rues qui ont nécessité l’ouverture de vastes carrières de basalte sur le plateau. 

La bataille de Gergovie

César, qui a établi deux camps, dont un pris par surprise à seulement 1,5 km de l’oppidum gaulois, ne parvient pas à anéantir les défenses de Gergovie. Pour autant, il tente l’assaut envoyant au préalable deux légions vers le petit camp. Alors que les Gaulois sont massés sur le flan ouest où ils craignent une attaque (en fait une ruse de César), il lance ses forces au sud depuis le Petit Camp. Dans le même temps, la cavalerie éduenne part à l’assaut de l’oppidum depuis le grand camp. Les légionnaires franchissent aisément la première enceinte. Des Gauloises, croyant la ville prise, les supplient de les épargner. Les Gaulois entendant la bataille se ruent sur les Romains et les prennent au piège entre les deux enceintes. L’assaut lancé contre la ville se solde par un échec. César perd 700 hommes. Isolé, il décide de lever le camp trois jours plus tard. 

Des plaques informatives sur le plateau expliquent étape par étape le déroulement de la bataille de Gergovie.

Des plaques informatives sur le plateau expliquent étape par étape le déroulement de la bataille de Gergovie.

A noter

Après la victoire de Vercingétorix, César se replie et part vers le nord tandis que le premier se voit confier à Bibracte le commandement suprême des Gaulois. De nouveau, il défie César. Mais le sort des armes lui est défavorable. La cavalerie romaine  le met en déroute. Il se replie à Alésia où César l’assiège durant de longues semaines. Vercingétorix se rend. Il sera exhibé lors du triomphe de César et étranglé six ans plus tard dans une prison de Rome. La Gaule intègre l’Empire romain. 

L’oppidum de Corent si proche de  Gergovie

Près de Gergovie se trouve l’oppidum de Corent* qui était peut-être la capitale des Arvernes. Couvrant une superficie de 50 hectares, la cité fut abandonnée vers 100. Aujourd’hui propriété du département du Puy-de-Dôme, ce site mérite le détour. Particulièrement bien entretenu et aménagé, il permet de se faire une idée de ce à quoi pouvait ressembler le vaste sanctuaire occupant son centre. A son apogée, la cité abritait plusieurs milliers d’habitants. On y a retrouvé des armes, des bijoux, des outils, divers ustensiles et des millions de tessons d’amphores à vin importées d’Italie. Autant de témoignages de sa richesse et de son rayonnement commercial. Au centre de Corent se trouvait un vaste sanctuaire d’une cinquantaine de mètres de côté. Rien de ce qui y entrait ne pouvait en sortir. Les restes des sacrifices d’animaux étaient jetés sur les côtés, à l’intérieur de son enceinte.

*fondé vers 120 av. J.-C.
En prenant appui sur les aménagements paysagers, Marion Chastaing, médiatrice au Musée de Gergovie, a permis d’imaginer l’organisation, la vie quotidienne et l’activité du centre monumental et ses quartiers adjacents de Corent, il y a 2000 ans.

En prenant appui sur les aménagements paysagers, Marion Chastaing, médiatrice au Musée de Gergovie, a permis d’imaginer l’organisation, la vie quotidienne et l’activité du centre monumental et ses quartiers adjacents de Corent, il y a 2000 ans.

A noter

Outre Corent, il existait un troisième oppidum, celui de Gondole. Edifié vers 80 av. J.-C., au bord de l’Allier, il était protégé par un vaste rempart au sein duquel le faubourg s’est spécialisé dans la poterie et le travail des métaux, de la corne et de l’os. Une tombe atypique associant hommes et chevaux y a été découverte. Gergovie, Corent et Gondole, villes concurrentes ou pôles urbains aux fonctions complémentaires ? Rien n’est déterminé à ce jour. Le cas de ces trois oppida si proches les uns des autres semble cependant unique en France. 

Un musée qui va au-delà de la bataille de Gergovie

Difficile en parcourant le plateau de Gergovie, propriété de l’Etat, de se rendre compte de qu’était l’oppidum à l’époque de Vercingétorix. A l’exception de quelques vestiges, de sites de fouilles ou d’un monument élevé en 1900 ou d’une table d’orientation, rien ne permet de comprendre la vie d’alors. Heureusement, le musée pallie largement ce déficit d’aménagement. Sur 600 m², il propose plusieurs thématiques d’exposition. La confrontation de -52, bien sûr, mais aussi l’histoire des recherches, la formation du plateau et celle des paysages environnants. Au fil de la visite, on y découvre le mode de vie gaulois et le monde celtique, l’armement des Gaulois et celui des Romains. Quant à la bataille, elle est présentée sous l’approche historique ou archéologique. Un spectacle audiovisuel associant projections au mur et sur une maquette topographique permet d’en comprendre le déroulé. A voir également, la salle consacrée à la formation de la région. 

Une copie d’un vase rituel peint recouvert d’animaux fantastiques datant du IIe siècle av. J.-C. découvert sur le site de Gandaillat. Le cerf ici représenté est associé au dieu Cernunnos, divinité de la fertilité, des saisons, de la mort et de la renaissance.

Une copie d’un vase rituel peint recouvert d’animaux fantastiques datant du IIe siècle av. J.-C. découvert sur le site de Gandaillat. Le cerf ici représenté est associé au dieu Cernunnos, divinité de la fertilité, des saisons, de la mort et de la renaissance.

Pratique

Où se loger ?

Une bonne adresse à proximité de Clermont-Ferrand, sur l’axe A75,  Corent et Gergovie, est sans contexte « Le Couvent ». Cette maison d’hôte a été aménagée dans un ancien couvent des sœurs de Nevers (présentes de 1707 à 1930). Laissé longtemps à l’abandon, le bâtiment a été magnifiquement modernisé et sa chapelle est désormais utilisée pour des événements festifs. Seul bémol, ses vitraux ont besoin d’être restauré rapidement pour éviter qu’ils ne finissent par disparaître sous l’effet du temps. Un appel aux dons est lancé. Sa terrasse offre une vue magnifique. Les chambres sont très confortables et le petit-déjeuner mérite qu’on s’y attarde.
Chambres d’hôtes Le Couvent, 3, rue des Roches, 63960 Veyre-Monton. Tél. : 07 82 70 99 29.

Gergovie - L’ancien couvent domine le village de Verye-Monton.

L’ancien couvent domine le village de Verye-Monton.

Gergovie - La salle du petit-déjeuner dans l’ancienne chapelle.

La salle du petit-déjeuner dans l’ancienne chapelle.

Où manger ?

On peut manger lors de sa visite au musée d’archéologie de Gergovie à « La Hutte Gauloise » à proximité immédiate du musée sur le plateau. Plutôt bruyant et pas vraiment bon marché. La Truffade (brouillade de truffes) est excellente.

Une table à découvrir

Le soir, pensez à réserver une table à «  Toît pour toi ». Ce petit restaurant du village d’Orcet, repris par Christine et Didier Cozzolino, mérite le détour. En premier pour la qualité de ses tables avec couverts en argent, en second pour l’extrême gentillesse de la personne en charge du service qui mérite une mention spéciale. En troisième, pour la superbe qualité de sa cuisine doublée d’une authentique sagesse côté prix. Cuisine avec des produits de saison et de la région. La carte des vins est aussi intéressante. Ne pas hésiter à commander du vin auvergnat. Une belle adresse.

Toît pour toit fait partie des restaurants labélisés Toque d’Auvergne.

Toît pour toit fait partie des restaurants labélisés Toque d’Auvergne.

Les amuse-bouches.

Les amuse-bouches.

Le menu

Menu dégustation 49 €
Mise en bouche : aperitivo et gaspacho
Plat 1 : foie gras mi-cuit ou rouille de seiche à la Sétoise
Plat 2 : Uova in purgatorio ou gros « maigre » ou ris de veau aux morilles
Dessert : déclinaisons de quatre fromageou pastilla d’amande, fruits rouges ou tiramisu ou fraises au poivrons grillés.
Toît pour toi : 1, rue de la Narse – 63670 – Tel : 04 73 78 17 24

Photos Fréderic Cheutin

A suivre Les Gergoviotes

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