De Lascaux à Géricault, le Cheval à toutes allures

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De Lascaux à Géricault, le Cheval à toutes allures

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L’Art et le Cheval, c’est une vieille histoire, et même de préhistoire, qui nous ramène aux grottes Chauvet de Lascaux autour de 15/30 000 ans. En passant au galop par les cavaliers du Parthénon auxquels Théophile Gautier comparaît ceux de Géricault : Depuis les frises de Phidias au Parthénon, nul artiste n’a rendu comme Géricault l’idéal de la perfection chevaline ! Delacroix renchérit à la génération suivante :  Le mouvement, l’âme, l’œil du cheval, sa robe, le brillant de ses reflets, voilà ce qu’il a rendu comme personne. L’actuelle exposition du Musée de la Vie Romantique permet à chacun d’en juger.

On dit du cheval qu’il est la plus belle conquête de l’Homme. Facile à domestiquer, il reste jusqu’au XXe siècle, le seul moyen de se déplacer plus vite que les pieds. Il s’y prête d’ailleurs volontiers : on lui monte dessus, on l’équipe d’une selle, on lui passe une bride et un mors. Et que dire des éperons et de la cravache, bannis par les cavaliers d’aujourd’hui, mais qui ont longtemps fait office d’accélérateurs !

Le Cheval et l’Art : Géricault et Lascaux

Aujourd’hui, le noble équidé, chassé du quotidien par l’automobile est devenu un sport, un loisir et un objet de pari. Il n’en continue pas moins, depuis les grottes de Lascaux, d’inspirer les artistes par son élégance, sa noblesse, son allure. C’est même lui qui est aux origines de l’Art ! Il les intrigue aussi, incapables qu’ils sont de représenter correctement son galop. C’est seulement avec l’invention du cinéma qu’on parvient, grâce au ralenti, à en décomposer la mécanique. 

Le Tsar Alexandre Ier et ses aides de camps, 1814 (38x47cm© Musée Royaux de Belgique, ph. Grasfisch Buro-Lefèvre

Le Tsar Alexandre Ier et ses aides de camps, 1814 (38x47cm© Musée Royaux de Belgique, ph. Grasfisch Buro-Lefèvre

Cheval de guerre 

Géricault pas plus que d’autres. L’auteur du Radeau de la Méduse, élève de Carl et Horace Vernet, est littéralement fasciné par le noble équidé. Il l’observe et le dessine, de face, de profil et même de croupe. Il le montre aux champs, à la course, au repos, et aussi à la guerre qu’il n’a jamais faite. La possibilité de payer un « remplaçant » permet au jeune Théodore d’échapper à la conscription. Les charges héroïques, les chevauchées fantastiques où les chevaux se font massacrer ne sont pas pour lui. Il n’a donc pas participé à Waterloo aux charges furieuses – et infructueuses – de Ney contre les carrés de Wellington. De l’épopée napoléonienne, plus que la flamboyance, l’artiste voit la souffrance, le massacre des chevaux sur le champ de bataille. Chair à canon par excellence il sont aussi une réserve de viande dans les moments difficiles, comme la retraite de Russie. 

Géricault - Mazeppa (1822) 58x44cm© Paris, coll. Part. Le Roi Jérome de Westphalie, étude1812-1814 (55x44cm)©Grand Palais, RMN.

Mazeppa (1822) 58x44cm© Paris, coll. Part. Le Roi Jérome de Westphalie, étude 1812-1814 (55x44cm)©Grand Palais, RMN.

Géricault - Étude préparatoire pour le Derby d'Epsom, 1821(37x72cm)©Kristin Gary Fine Arts

Étude préparatoire pour le Derby d’Epsom, 1821(37x72cm)©Kristin Gary Fine Arts

Cheval de course 

Les courses de chevaux dont l’artiste est au contraire assidu, ne sont pas forcément plus paisibles ! Lors de son séjour à Rome en 1820 Géricault a eu l’occasion d’assister sur la Piazza del Popolo à un de ces « palio » violents où les chevaux sauvages sont lâchés en liberté à travers la place et parfois dans la ville. Non sans quelques fréquents dommages collatéraux ! Le cheval sauvage est alors à la mode à travers la légende de Mazeppa, mise en poème par Byron. Le héros coupable d’avoir séduit une femme mariée, est condamné à être attaché nu sur le dos d’un cheval sauvage. Dieu merci, il s’en sort, mais pas le cheval ! À Longchamp, ou à Epsom, Géricault assiste dans les années 1820, à des compétitions plus codifiées devant un public snob et exigeant. C’est l’époque où le sport hippique devient un spectacle branché pas toujours paisible mais où le cheval ne risque pas sa vie.

Cinq chevaux à l'écurie, 1811-12, 59x69 cm © Rmn Grand Palais, ph. Philippe Fuzeau

Cinq chevaux à l’écurie, 1811-12, 59×69 cm © Rmn Grand Palais, ph. Philippe Fuzeau

Deux chevaux à l'écurie (41x53cm)© Rmn Grand Palais, ph. Michèle Belot

Deux chevaux à l’écurie (41x53cm)© Rmn Grand Palais, ph. Michèle Belot

Nouvelle Athènes

Il la risque encore moins à l’écurie où Géricault va parfois planter son chevalet derrière les croupes alignées. La position est aussi plus confortable pour l’artiste.  Sa passion pour le cheval, jointe à une « fureur de vivre » maladive, finira pourtant par le tuer. À 32 ans en 1824 l’artiste est victime d’une énième chute de cheval. Des accidents répétitifs que son ami Eugène Delacroix attribue à la fougue qu’il portait en amour comme en tout ! » Géricault s’éteint dans son appartement de la rue des Martyrs, veillé par son ami et voisin, le peintre Ary Scheffer. Ce quartier Saint-Georges commence alors à devenir la terre d’élection des artistes qui lui donnent le nom de « Nouvelle Athènes. » En hommage à la Grèce enfin libérée de l’occupation ottomane, qui accueille ses premiers voyageurs. Artistes et poètes se mobilisent, comme Hugo et Delacroix, et Byron, mort à Missolonghi quelques semaines après Géricault.

Géricault - Cheval mort étendu sur la grève, 1814, 28x43cm© Paris coll. Part

Cheval mort étendu sur la grève, 1814, 28x43cm© Paris coll. Part

Infos pratiques

Les Chevaux de Géricault
Musée de la Vie Romantique
16, rue Chaptal, 75009-Paris
Tel : 01 55 31 95 67
Ouvert jusqu’au 15 septembre, chaque jour sauf lundi, 10h-18h
Entrée libre
https://museevieromantique.paris.fr/fr

Photo d’ouverture de l’article : Course de chevaux libres sur le Corso à Rome (la Mossa), 1817, 42x66cm ©Genève, Fondation Marie Anne Poniatowski Krugier

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