Depuis début juillet, des ours polaires, ours bruns et un gorille au dos argenté ont pris leurs quartiers à La Baule. Une exposition en plein air, gratuite, qui attire aussi bien les habitants que les touristes de passage. Elle rend hommage au sculpteur animalier Michel Bassompierre, disparu ce printemps.
Baptisée “Fragiles colosses”, l’exposition a été inaugurée le 18 juillet à l’Hôtel de Ville de La Baule-Escoublac, en présence du maire Franck Louvrier et de Guillaume Bassompierre, fils du sculpteur. Elle marque le retour des grandes expositions culturelles « hors les murs » dans la station balnéaire, un peu plus de deux mois après la disparition brutale de l’artiste, en avril dernier. Dix sculptures jalonnent désormais le remblai et plusieurs places de la ville, jusqu’au 16 novembre. Sur la promenade, la rencontre avec ces géants de bronze et de résine ne laisse personne indifférent.

Les sculptures de l’exposition Bassompierre attirent tous les regards
Sur le remblai, dès les premières heures, les sculptures ne passent jamais inaperçues. Certains promeneurs les contournent en silence, d’autres s’arrêtent, sortent leur téléphone.
«Je suis restée un bon moment à le regarder, je n’ai pas pu m’en empêcher », sourit Michèle, 71 ans. Elle marche chaque jour sur cette portion de plage depuis qu’elle s’est installée à La Baule.
Plus loin, devant l’ours brun, Bernard, Baulois avec son fils Noam, 8 ans, ne cache pas son admiration. « C’est un grizzli ! », lance fièrement le garçon en levant les yeux vers la sculpture. Son père, lui, apprécie surtout le travail du geste. « Il y a du savoir-faire, les formes sont douces, presque tendres. » Il ajoute sérieusement : « Le message, c’est de nous rappeler qu’on n’est pas seuls sur Terre. Qu’il faut respecter ce qui nous entoure. Ces animaux ne peuvent pas se défendre. »


Les visiteurs conquis
Un peu plus loin sur le parcours, Le Campagnol n° 1 invite carrément au contact : difficile de résister à l’envie de poser la main sur cette masse de bronze polie, à hauteur d’épaule. Denis, en vacances à La Baule, ne peut s’empêcher de toucher l’ours.
« Cette exposition est vraiment insolite sur le remblai, inattendue. On se demande ce que viennent faire ces ours et ce gorille au bord de la plage, face à l’Atlantique. On ne peut que valider et admirer le talent de l’artiste. »
Et avez-vous une préférence ? « Ils sont tous magnifiques, bien sûr, mais j’avoue avoir un petit faible pour l’ours doré situé devant l’Hôtel Royal. C’est mon préféré. Sa couleur accroche la lumière et, devant le Royal, on dirait qu’il a toujours été là. Il est à la fois imposant, tendre et très élégant. »



Un hommage voulu par la ville
C’est ce mélange de douceur et de gravité que Franck Louvrier, maire de La Baule-Escoublac, a voulu saluer lors du vernissage de l’exposition. C’était à l’Hôtel de Ville, début juillet, en présence de la famille de l’artiste et des galeries Promenade Art.
Il a rappelé que la ville renouait avec sa tradition de grandes expositions culturelles “hors les murs”, en extérieur. L’idée est d’aller chercher un public qui ne pousse pas toujours la porte d’un musée. « On perd déjà 15, 20, 40 % de la population quand il faut franchir ce seuil, explique-t-il. Quand l’art installé sur le chemin de la plage, lui, s’impose à tous, du promeneur matinal au vacancier en tongs. »
Ces sculptures monumentales, en résine de couleurs variées, mesurent en moyenne deux mètres de haut. Elles pesent entre 120 et 220 kg. Et jalonnent un parcours de plusieurs kilomètres sur le remblai, jusqu’au 16 novembre.

Le dernier des ours du pays nantais
Michel Bassompierre est mort le 21 avril 2026, à 78 ans, laissant derrière lui un demi-siècle de sculpture animalière. Il est né en 1948 à Bois-Colombes et a grandi entre le Jardin des Plantes et le zoo de Vincennes. Enfant déjà, il dessinait les animaux à quatre pattes, au dos de chutes de papier peint. Formé à l’École des Beaux-Arts de Rouen, il s’installe dans les années 1970 à Vertou, près de Nantes. Une terre d’adoption à laquelle il restera fidèle toute sa vie. Il se surnommait d’ailleurs « le dernier des ours du pays nantais ».

Des ours devenus des ambassadeurs de la Loire-Atlantique
Ours, gorilles, éléphants, pandas… Ses œuvres, en bronze, en marbre de Carrare ou en résine, ont voyagé du Jardin des Plantes à Park Avenue, à New York. En passant par le musée Océanographique de Monaco ou la Mamounia de Marrakech. Localement, son dauphin de bronze trône depuis 1989 place du Dauphin, à Pornichet. Celui-ci est devenu un emblème de la ville. Un galeriste avait un jour résumé son travail d’une formule restée célèbre : ses ours seraient « de gros doudous pour adultes ».


« Fragiles colosses » : la force du vivant, sa vulnérabilité aussi
Car derrière la douceur des formes, Michel Bassompierre portait aussi un message plus grave. Le titre de l’exposition bauloise, « Fragiles colosses », le résume. Ces animaux qu’il sculptait, aussi imposants soient-ils, comptent pour la plupart parmi les espèces menacées. Sur le socle du « Dos Argenté n° 7 », qui observe la plage depuis son promontoire, une citation de l’artiste résume sa méthode.
« Si je fais un gorille, je deviens un gorille. Si je fais un ours, je deviens un ours. J’ai la position, le comportement. J’essaie de me mettre à la place de l’animal. »
« Mon atelier est mon arche de Noé », confiait-il en 2024. « S’il y a un roman qui dit que les oiseaux se cachent pour mourir, moi je dis que les ours se cachent pour vivre. »


« On ne se rend pas compte du travail que ça représente »
Lors du vernissage, son fils Guillaume Bassompierre est venu saluer le travail titanesque accompli par les équipes de la ville et les galeries partenaires. « On ne se rend pas compte, mais il y a beaucoup de préparation, d’échanges en amont et de temps d’installation sur place ». Il souhaitait dire la prouesse technique d’installer de telles œuvres le long des 8 kilomètres de la baie.
Si La Baule offre aujourd’hui un écrin majestueux à ces sculptures, le travail de Michel Bassompierre continue de voyager à travers le monde. De Monaco à New York, en passant par Bragance au Portugal et Miami cet l’automne, l’empreinte de l’artiste dépasse nos frontières. Guillaume Bassompierre a d’ailleurs évoqué avec sourire la diversité des déclinaisons de ce patrimoine artistique. Il va de l’exposition muséale, dévoilant le travail de fonderie, jusqu’à des créations en chocolat imaginées en partenariat avec le pâtissier chocolatier Pierre Hermé.

Un parcours dans la ville
Accessible gratuitement, cette exposition en plein air transforme une simple promenade dominicale en une expérience esthétique et touchante. Pour prolonger la découverte, les visiteurs sont invités à pousser la porte de la galerie avenue de Pavie pour y admirer des clichés du photographe animalier Kyriakos Kaziras.
En faisant dialoguer l’immensité de l’océan avec les silhouettes bienveillantes de ces géants, La Baule offre une jolie parenthèse artistique. Un hommage vibrant, lumineux et populaire, à l’image même de Michel Bassompierre.



Infos pratiques
- Exposition hors les murs : “Fragiles colosses”, en accès libre tout l’été le long du remblai de La Baule, place Leclerc et devant l’Hôtel Le Royal. Jusqu’au 16 novembre 2026.
- Galerie dédiée : Galerie Bassompierre by Promenade Art, avenue de Pavie à La Baule.
- À ne pas manquer : Le film retraçant le montage et l’installation des œuvres monumentales est à retrouver sur les réseaux sociaux de la ville et de la galerie.
Sites :
La Baule : https://www.labaule.fr/evenements/exposition-fragiles-colosses-de-michel-bassompierre/
Michel Bassompierre : https://www.bassompierre.fr/
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Photos Caroline Paux









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