François 1er reçoit à Chambord

Evasion, Idées Week-End

François 1er reçoit à Chambord

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Le cinquième centenaire de la mort de Léonard de Vinci coïncide curieusement avec celui de la mise en chantier du château de Chambord où l’on est tenté de voir son esprit à défaut de sa main. Vingt ans plus tard, le 18 décembre 1539, l’accueil de Charles Quint par le Roi François 1er est une sorte de visite inaugurale, dans une débauche de faste et d’ostentation qui ne dut pas trop impressionner l’Empereur, en transit vers les Flandres pour aller mater sa bonne ville de Gand réfractaire à l’impôt de guerre. Il daigna tout de même s’extasier devant la somptuosité de la réception.

L’Art de l’éphémère

G. della Robbia , Portrait de François 1er, céramique XVe siècle. Portrait de François 1er ©DNC Léonard de Serres

G. della Robbia , Portrait de François 1er, céramique XVe siècle. Portrait de François 1er ©DNC Léonard de Serres

C’est ce décor éphémère que Jaques Garcia a voulu évoquer pour célébrer cet anniversaire en accueillant cinq siècles plus tard le visiteur du XXIe siècle à la manière d’un prince de la Renaissance. Toute proportion gardée. Il n’est pas question de reconstituer fidèlement la luxuriance de ces fêtes éphémères, qui consistaient essentiellement en orfèvreries (disparues) en étoffes et en tapisseries tissées d’or. Même si les soyeux lyonnais seraient capables, avec du temps et des moyens, de retisser à l’identique les velours et lampas d’époque.  Le décorateur a donc usé d’un subterfuge photographique pour les draperies de cette scénographie, qui permet de reporter sur une étoffe moderne les motifs relevés sur des échantillons d’époque. Un velours rouge pour les galeries du rez-de-chaussée, un fond vert amande pour la chambre du roi, la pièce la plus emblématique. 

Théâtre du château

© Domaine national de Chambord – Olivier Marchant

François 1er Chambre royale

Chambre de François 1er

© Olivier Marchant

La seule aussi qui soit suffisamment documentée pour permettre une restitution scientifique qui remplace celle trop fantaisiste des années 1970. A côté de la cheminée monumentale, le lit repose sur une simple estrade, curieusement coiffé d’un double baldaquin conforme à un croquis d’époque, le plus haut étant dévolu à Dieu ! A côté du lit une grande cathèdre en noyer, seul meuble d’origine de Chambord. On est loin de l’apparat de la chambre de Louis XIV à Versailles.  Quant aux murs, ils sont garnis, comme à l’époque d’une étoffe posée sur une moquette de paille tressée servant d’isolant, qu’on  retrouve aussi sur le sol. Un buffet bas (reconstitué) surmonté d’une tapisserie complètera l’ensemble. La chambre comporte aussi quelques sièges ployants, et un autre lit plus modeste destiné au valet qui ne quitte pas le roi. Un usage qui perdurera jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. 

Le logis du roi est tendu d’une étoffe moderne imprimée de motifs d’époque.

Le logis du roi est tendu d’une étoffe moderne imprimée de motifs d’époque. ©Olivier Marchant

Itinérances

Château de Chambord

©olivier Marchant

A Chambord, le décor de la chambre est aussi éphémère que le reste. La cour des Valois conserve les habitudes itinérantes des premiers Capétiens, se déplaçant d’un château à l’autre au gré des saisons et des circonstances, avec armes, bagages, coffres, lits et tapisseries et les artisans chargés de monter et démonter tout ce mobilier à chaque étape. On sait d’ailleurs que François 1er de 1539 à sa mort en 1547, ne passa que 72 jours dans ce château emblématique,  Ses successeurs y séjournèrent à plusieurs reprises, notamment Louis XIV  qui y accueillit Molière pour la première représentation du Bourgeois Gentilhomme en 1670, et aménagea les jardins façon Grand Siècle.  Le dernier occupant fut le Comte de Chambord, héritier virtuel de la couronne de France, qui n’y fit qu’un court séjour en 1870 avant son exil définitif. Depuis, Chambord est entré dans le giron de la République. Il servit d’abri pendant la dernière guerre aux œuvre d’art du Louvre, dont la Joconde qui fut surement ravie d’y rencontrer l’esprit de son auteur à 420 ans de distance.

L’exposition François 1er 

Feu d'artifice

Concert spirituel©Léonard de Serres

Au delà des décors éphémères, des chasse royales et des hôtes de passage, ce qui reste pérenne, c’est l’architecture de ce château royal qui ne ressemble à aucun autre, ni forteresse féodale, ni palais classique et pas davantage un palazzo italien Renaissance. Les archives ont malheureusement disparu, mais au  premier étage, autour du fameux escalier à double hélice, 3000 documents et œuvres d’art, animés de vidéos et de maquettes, remettent Chambord au centre des utopies de son époque. Architectures idéales, projet d’un prince de la Renaissance protecteur des arts et des lettres, qui se voulait aussi roi bâtisseur et architecte d’une nouvelle conception du pouvoir.

Un magnifique Cerf

©Jean Michel Turpin

Informations pratiques :

Chambord 1519-2019,
l’Utopie à l’œuvre
ouvert chaque jour de 9h à 18h (9h-17h du 28 octobre au 29 mars)
Entrée : 14,50€ (château et jardin) TR : 12€
Parc en libre accès tous les jours)

Exposition François 1er

Château de Chambord
41250 Chambord
Tel : 02 54 50 40 00

Site : www.chambord.org (réservation en ligne)

Copyright : Olivier Marchant – G. della Robbia – DNC Léonard de Serres – Jean Michel Turpin

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