Jura : ses vignobles et ses vins qui se découvrent selon leurs appellations

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Jura : ses vignobles et ses vins qui se découvrent selon leurs appellations

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Il était une fois le vignoble jurassien, 2000 hectares de terres viticoles nichées entre deux massifs montagneux au coeur de la Franche-Comté. Berceau de 6 appellations d’origine contrôlées, ce territoire modeste par sa superficie peut s’enorgueillir de la qualité de ses produits et de la diversité de son terroir. Des lettres de noblesses que les vins du Jura ont acquis au travers de 4 AOC géographiques qui dessinent les frontières intérieures du vignoble, ainsi que 2 AOC produits qui font quant à elles, loi sur l’ensemble du territoire. 

Le vignoble jurassien

Vignoble jurassien

© Jérôme Genée

Ces caractéristiques propres racontent une histoire et dessinent une personnalité bien différentes de celles des autres vignobles. Il bénéficie d’une réelle signature paysagère et d’une géologie originale.  Il s’agit d’un vignoble exigeant où il est impératif d’être un bon vigneron. Ces liens sont uniques avec la montagne du Jura. La variété de patrimoines viticoles uniques est impressionnante. Ce vignoble a une histoire prestigieuse doublé d’un esprit collectif et frondeur.

Une réelle signature paysagère et une géologie originale

Les paysages du vignoble jurassien sont particuliers

Village de Lavigny

Lavigny© Hendrick Monnier

Le vignoble jurassien délivre une grande variété et  une grande richesse de sols et de paysages. Chaque élément y a sa valeur viticole et son originale esthétique paysagère : reculées, buttes, pentes, failles… Vous y trouverez une marqueterie et un échiquier de vignes éparpillées dans des paysages agricoles. On peut parler parfois de jardin de vignes (Passenans). Les vignes sont souvent cachées*. D’autre sont serties dans des beautés naturelles ou insérées dans le paysage.  Certaines se fondent dans les prairies, les champs, les taillis, avec une forte présence d’arbres feuillus, de bosquets et de haies.

*sauf à Arbois, Voiteur et Château-Chalon.
Château Chalon

Château Chalon

Quelques chiffres

La part de la vigne dans la surface agricole utilisée est d’environ 2 %. Le pôle dominant d’Arbois  en compte 23,2 %. Loin derrière, les cantons de Voiteur (6 %), de Sellières (3,42 %), de Lons-le-Saunier (3,1 %) et de Beaufort (2,8 %). La variété paysagère* s’accompagne de conditions diverses de pentes et de terrasses. Elle bénéficie aussi de plantations variées de la vigne, dans la pente ou perpendiculaires à la pente (Menétru-le-Vignoble). Les belvédères et points de vue ne manquent pas de sites où se matérialiser.

*visible par exemple le long du GR 59 (Vignoble, reculées et patrimoine).

Futs de vins

Une forte identité paysagère

Les perspectives des reculées ou les collines coiffées de calottes calcaires pourraient utilement servir de synecdoque paysagère au Vignoble. La présence d’aménagements humains est discrète : drainages, cabanes, murets. Il existe beaucoup de petits villages vignerons aux physionomies diverses*. Les maisons au nord de Lons-le-Saunier possèdent des caves (ou volts, voûtes) enterrées ou semi-enterrées aux accès originaux. Elles offrent parfois sur la rue des trappons affleurant la chaussée, ou obliques, avec une ouverture à deux battants. A l’intérieur de la maison on trouve un escalier protégé d’un coffre en bois. Il s’agit du dérobe-vin (ou tambour) qui donne un accès direct de la cuisine à la cave. Les ancienes villes viticoles ont conservé des héritages de leur passé comme à Lons-le-Saunier dans le quartier de la Comédie.

*village « en tas » comme à Menétru-le-Vignoble ou « village-rue » comme les Arsures.
Château Chalon

© Jérôme Genée

La géologie du vignoble est originale

Le vignoble jurassien est unique de par son origine géologique. Ce glissement du Jura poussé de l’est par la surrection alpine sur la plaine de la Bresse est survenu voici quelques dizaines de millions d’années. L’histoire géologique du vignoble jurassien a connu trois grandes étapes. En premier, le dépôt de calcaires et de marnes dans les mers du Secondaire voici 200 millions d’années. En second, après le retrait des mers, le soulèvement du Jura avec la surrection alpine. Suivi de l’effondrement de la Bresse et le glissement de la bordure du Jura sur la plaine de la Bresse. En troisième, les altérations, gels et dégels, érosions et résistance de certaines buttes (collines isolées boisées coiffées d’un chapeau calcaire) durant le Quaternaire. Deux éléments marquent la géologie du Jura et de son vignoble : le glissement du Jura sur la Bresse et ses conséquences ; le rôle des marnes grises.

Château Chalon

Château Chalon

Une énorme langue fracturée de 500 mètres d’épaisseur

Glissement, chevauchement du Jura sur la Bresse, fragmentation, écailles, failles, escarpements calcaires au sommet des coteaux viticoles en font partie. Ses buttes (Arlay et L’Étoile), sa mise en affleurement de terrains riches en marnes, son relief très varié complète l’acte fondateur du vignoble qui s’étend devant le plateau jurassien. On peut parler de couche savon (couche stratigraphique argileuse) sur lequel le Jura a glissé sur environ 6 km. De part et d’autre, ni le calcaire du Jura, ni les sables et marnes de la Bresse ne sont propices à la vigne. De plus, l’extrême diversité des sols (plus qu’en Bourgogne) est apte à la culture de divers cépages. Par exemple, le Trias de Pupillin convient au poulsard, les chailles de Montigny au trousseau, et le Lias de Montigny ou de Château-Chalon au savagnin…

Château Chalon

Château Chalon

Les marnes

Les sols de marnes ont un comportement unique. Ils sont à ce point compacts que les racines n’y pénètrent que très difficilement, voire pas du tout. Le savagnin, cépage rustique, s’en contente mais d’autres cépages comme le chardonnay en souffriraient. Les racines des vignes s’épanouissent dans la couche argileuse située au-dessus des marnes, une couche qui va de quelques centimètres à un mètre. Le profil racinaire est donc plutôt horizontal. 60% des racines sont dans 40 cm de sol dans le Jura. Cette sous-couche de marne peut expliquer les rendements relativement peu pléthoriques. D’ailleurs de plus en plus de vignes sont enherbées. Les marnes constituent en revanche une réserve d’eau l’été en cas de sécheresse.

Récolte du raisins

Un vignoble exigeant où il est impératif d’être un bon vigneron

Le climat du vignoble peut être rude. Le climat est semi-continental, avec des hivers froids, des étés chauds et secs. L’automne et le printemps, aux températures douces, sont souvent caractérisés par des précipitations abondantes. La pluviométrie annuelle est importante :
– 1 100 mm à Arbois ou Voiteur.
– 1 400 mm à Poligny, contre 800 mm en Bourgogne.
La température moyenne sur 30 ans est de 10 °C. Ce qui est un peu au-dessus de la limite de 9,5 °C généralement admise pour la culture de la vigne, avec des hivers à 5 °C. L’ensoleillement est d’environ 1 800 heures par an. Il accuse un déficit d’un millier d’heures par rapport à celui du vignoble méditerranéen (2 800 heures).

Fûts de Chêne

© Jérôme Genée

Des liens uniques avec la montagne du Jura

Un espace unique entre plaine et montagne

A la différence d’autres vignobles (Bourgogne, Alsace ou Vallée de la Loire par exemple) le vignoble ne possède pas de voie navigable, fleuve ou rivière. Il est historiquement à l’écart de grandes voies de passage. Le vignoble se développe sur les sites salicoles de la couche de sel du Trias (Grozon, Salins, Lons-le-Saulnier). Les routes du sel suivent depuis l’origine l’axe Châlon-sur-Saône – la Suisse en passant par Dijon, Arbois, Poligny, Salins, Pontarlier, Champagnole, Mouthier.

Vins du Jura

© Xavier Servolle

Une variété de patrimoines viticoles uniques

Le vignoble jurassien, de petite taille, est une source d’énergie et de diversité. Il couvre environ 1 850 hectares, soit 0.2 % de la surface viticole de France. Les exploitations agricoles ayant une activité viticole dans le Jura sont au nombre de 230. Il existe environ 250 petites exploitations qui vendent intégralement leur récolte de raisins. Certains la conserve pour leur consommation. Cet esprit de petit vignoble est valorisant sur le plan de la communication. Les Grands Chais de France ont préféré adopter le nom de La Maison du Vigneron.

Repas en famille

© Hendrick Monnier

Une variété de vins quasiment unique

La gamme de vins est riche. Cette richesse s’accompagne de particularités uniques, de mystères non résolus et d’une inventivité toujours présente. La variété – ancienne – des vins est un trait de personnalité marquant du Vignoble, notamment eu égard à sa dimension. Soulignée par les experts comme Hugh Johnson, elle permet au sommelier de proposer pour l’ensemble d’un repas des accords uniquement jurassiens. Les vins possèdent une forte typicité due au cépage, à la conduite de la vigne*, à l’élevage sous voile ou avec ouillage, au terroir. Il existe sept appellations d’origine contrôlée**. Les styles des vignerons multiplient cette diversité de par leurs pratiques comme le choix des cépages, le travail avec ouillage, le recours à des contenants nouveaux (amphores, oeufs en ciment…)…

*le Château-Chalon ne connaît pas de mécanisation.
**Arbois, Côtes-du-Jura, Château-Chalon, L’Étoile,Marc du Jura (autrefois surnommé le « chauffe coeur »), Macvin, Crémant du Jura.

Domaine de Montbourgeau

Une richesse unique en matière de cépages

Le mot richesse s’applique aussi au patrimoine ampélographique ancien que l’initiative humaine a expérimenté sur l’ensemble du vignoble. Si les cépages ne portaient pas de nom aux XIIIe et XIVe siècles, ils en acquièrent par la suite. On sait que le pinot rouge est présent à Arlay dès le XVe siècle, le trousseau au milieu du XVIIe siècle… Il faut attendre 1862 et Girod de Miserey pour avoir une liste de trente et un cépages dans le vignoble de Salins. Charles Rouget (en 1872 et en 1897) étudie les quarante cépages plantés dans les vignes du Jura. Une richesse plus proche des cantons suisses que de la Bourgogne. Le nombre de cépages utilisés, notamment en raison des règlements d’AOC, s’est aujourd’hui concentré sur une sélection. le ploussard (poulsard), le trousseau, le savagnin (ou naturé), le chardonnay, le noirin (pinot) sont à découvrir.

Fontaine

© Hendrick Monnier

Un événement unique : le Biou

Il s’agit de la transformation en événement festif de l’épisode très souvent mis en scène par l’iconographie religieuse de la grappe de Canaan, raconté par la Bible (Nombres, XIII). « Ils arrivèrent jusqu’à la vallée d’Eschcol, où ils coupèrent une branche de vigne avec une grappe de raisin, qu’ils portèrent à deux au moyen d’une perche ». Cette grappe liée à la terre promise est symbole de richesse et de fertilité. Le cépage est le Néhéleschol, réputé pour être le plus ancien cépage.

Vins de Montbourgeau

Domaine de Montbourgeau

Bien qu’encore méconnue, l’appellation Étoile exprime une grande finesse quand le producteur fait preuve de tact et de sensibilité. Nicole Deriaux et son fils César possèdent ces qualités indispensables. Le domaine se veut abordable, authentique et à votre écoute. Il produit des vins droits et intenses qui s’inscrivent sans aucun passéisme dans la meilleure tradition jurassienne. Les cuvées du domaine séduisent par leur expressivité.  La Cuvée Spéciale, chardonnay longuement élevé sous voile, et le vin jaune relèvent de l’excellence. La cuvée Montangis semble être de la même trempe. Ce travail attentif et discret mérite la reconnaissance et l’attention des aficionados du Jura. Une étoile qui monte au firmament du succès.

Raisins d'Arbois

© Jérôme Genée

 Arbois – les rouges de prestige 

Situé au Nord du Jura, l’Arbois est reconnue comme la capitale du vignoble jurassien de par sa superficie et son volume deproduction. Si plusieurs types de vins y sont produits, c’est grâce à ses vins rouges légers et lumineux que la région s’est illustrée. Les Rouges d’Arbois sont élaborés à partir de cépages de Trousseau ou de Poulsard qui leur confèrent une robe aux nuances pastelles, allant du rubis au grenat. Au nez, ils révèlent des arômes de fruits rouges qui en font des alliés idéaux pour accompagner un copieux plat de fêtes. 

Château Chalon

Château Chalon

Château-Chalon – l’écrin du vin Jaune 

Conscrite à 60 hectares, Château-Chalon est la plus petite des appellations géographiques. Ses vignes minutieusement contrôlées, sont dédiées à la culture du Savagnin, le cépage endémique à l’origine du vin Jaune. Le bien-nommé « or du Jura », est élevé sous voile en fûts de chêne pendant 6 ans et 3 mois. Cette temporalité est nécessaire au développement de ses arômes et de son intense couleur dorée si caractéristiques. Ne négligeant ni le contenu ni le contenant, le Clavelin, élégant flacon de 62 cL a été spécialement conçu pour préserver le nectar d’exception.  Ce blanc sec aux notes de fruits secs et d’épices, est un vin noble, habitué des grandes occasions qui jouera les invités de marque à la table du réveillon. 

Raisins Côtes du Jura

© Jérôme Genée

Côtes du Jura – les blancs typés 

De Salins à Saint Amour, l’appellation « Côtes du Jura » règne sur plus de 640 hectares du Nord au Sud du vignoble. Ce qui lui autorise une très grande diversité de production. Pour autant ce sont les Blancs qui ont su tirer leur épingle du jeu, tantôt floraux ou typés. En hiver, on préfèrera la vivacité revigorante des vins blancs « typés » ou « racés », majoritairement issus du cépage Savagnin. Ces vins blancs fruités et ronds en bouche se prêtent à merveille à la générosité des traditions culinaires hivernales.

Bouteilles de vins du Jura

L’Etoile – terres de légendes du vin de paille 

L’Etoile – terres de légendes du vin de paille 

© Jérôme Genée

Une chose est sûre, les terres viticoles du petit village de l’Etoile sont empreintes d’Histoire et de mythes. Certains évoqueront l’aura d’un pentagramme formé par les collines avoisinantes. D’autres rappelleront la présence de pentacrines, ces petites étoiles fossiles qui semblent avoir fleuri dans les vignes de l’Etoile et en sont devenues le symbole. Ce terroir unique fait toute la fierté de ses vignerons et la typicité de ses vins. Son vin de paille est notamment reconnu pour sa qualité supérieure. Ce vin liquoreux de base Chardonnay, à la fois doux et fruité se savoure tant à l’apéritif qu’en fin de repas. 

Macvin du Jura – l’atypique vin de liqueur 

Macvin du Jura – l’atypique vin de liqueur 

Mistelle séculaire, le Macvin du Jura est le résultat d’un savant mélange. Il est composé de deux tiers de moût de raisin et d’un tiers de Marc, une eau de vie jurassienne. Chardonnay, Savagnin, Trousseau, Poulsard ou Pinot Noir, les 5 cépages du vignoble jurassien peuvent rentrer dans sa composition. La seule restriction  vise un taux d’alcool compris entre 16 et 22°. Le Macvin est ensuite élevé en fûts de chêne pendant un minimum de 12 mois. Pendant cette période, il acquiert une complexité aromatique mêlant des notes d’épices, de miel et de fruits confits. Blanc, rouge ou rosé, consommé en apéritif ou dégusté comme un digestif, le Macvin offre l’assurance de surprendre ses convives avec raffinement. 

Crémant du Jura – l’effervescence distinguée 

Crémant du Jura – l’effervescence distinguée 

Inchangée depuis 4 siècles, la méthode d’élaboration du Crémant du Jura se veut respectueuse de la plus pure tradition. Les raisins sont vendangés à la main puis transportés en caisses percées pour être pressurisés en grappes entières. Un savoir-faire ancestral qui confère au Crémant du Jura une identité marquée parmi les vins effervescents. En bouche, on salue sa fraîcheur et ses bulles toutes en finesse. Puis on apprécie sa robe délicatement dorée parfois même agrémentée de reflets argentés. En blanc ou en rosé, en version brut ou demi-sec, le Crémant du Jura se décline au gré de toutes les envies.  Non moins subtil et élégant mais plus intime que le champagne, les qualités du Crémant du Jura ne sont plus à prouver. Qu’il s’agisse d’accompagner canapés et petits fours ou de faire pétiller la soirée jusqu’à son terme, il tiendra son rang en toutes circonstances. 

Pour en savoir plus :

Comité Interprofessionnel des Vins du Jura
Château Pécauld – 5 rue des Fossés, 39600 ARBOIS 

 www.lacaborde-jura.fr 

www.tourisme-chateauchalon.f 

www.montbourgeau.com

Crédit Photos : CIVG

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