Les Mystères de l’Ambre

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Les Mystères de l’Ambre

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Avec ses reflets d’or et ses inclusions diverses l’ambre est une matière mystérieuse dont l’origine donne lieu à diverses suppositions.

Sa couleur de miel, ses reflets d’or attirent et intriguent. Et aussi les inclusions de fleurs et d’insectes, qu’il contient, ainsi que sa relative rareté. Il a quand même fallu vingt ans à Nicolas et Alexis Kugel pour réunir la quarantaine d’objets de leur actuelle exposition. Sans doute la plus étonnante de cette fin d’année. À ne pas manquer car on ne le reverra pas avant longtemps.

Ambre - Petite coupe en ambre Attribuée à Johann Caspar Labhart, Kassel, c.1690. La monture XIXe en or émaillé est de Reinhold Vasters. H.10cm (Prov. Baron James de Rothschild) -Courtesy Galerie Kugel

Petite coupe en ambre Attribuée à Johann Caspar Labhart, Kassel, c.1690. La monture XIXe en or émaillé est de Reinhold Vasters. H.10cm (Prov. Baron James de Rothschild) -Courtesy Galerie Kugel © Guillaume Benoit

L’ambre, un matériau « pas comme les autres » 

Dans cette substance « à nulle autre pareille » les poètes voient dans l’ambre les larmes des dieux. D’autres, plus prosaïques du sperme de baleine ou de l’urine de lynx solidifiée !  Pline l’ancien, premier naturaliste de l’Histoire, comprend aussi le premier que l’ambre n’est rien d’autre qu’une résine végétale. D’autres savants ont démontré, au XVIIIe s., que cette résine provient de conifères fossilisés datant de plusieurs millions d’années. Ce qui ajoute encore à son mystère. Le gisement le plus abondant et le plus exploité, mais pas le seul, se trouve sur les rivages de la mer Baltique. Les profondeurs de cette mer glaciale abriteraient, pense-t-on, une forêt entière et plurimillénaire de pins fossilisés. Il y a donc des réserves pour les artistes et les restaurateurs du futur ! 

Ambre - Petit coffret attribué à Georg Schreiber Königsberg, c.1620. Monture en or, émail, bronze doré attribuée à Alfred André, Paris, c.1880 . 14 x13,5 x. 9,5 cm-Courtesy Galerie Kugel

Petit coffret attribué à Georg Schreiber Königsberg, c.1620. Monture en or, émail, bronze doré attribuée à Alfred André, Paris, c.1880 . 14 x13,5 x. 9,5 cm-Courtesy Galerie Kugel © Guillaume Benoit

Utilisation propriétés réelles ou supposée

Les Anciens attribuaient à l’ambre des vertus magiques. Consommé en poudre, il était censé guérir l’épilepsie, le mal de dent, la dépression, et même ramener au bercail l’époux volage ! Frotté vigoureusement, l’ambre produit une électricité statique qui fascine les anciens. Il intrigue aussi par sa consistance et par ses inclusions de végétaux et d’insectes disparus qui font le bonheur les entomologistes. Mais c’est surtout sous forme de bijoux et bibelots que l’ambre est utilisé et qu’il nous parvient. C’est ainsi qu’on peut l’admirer dans cette exposition unique en son genre. Cette belle matière translucide, couleur de miel avec des reflets d’or ne pouvait manquer en effet, d’intéresser les artistes. D’autant plus, s’agissant d’une « matière plastique » si l’on peut dire, elle est facile à travailler.

Boîte circulaire au couvercle sculpté représentant Adam et Eve, Dantzig, c.1690. Monture en or du XVIIIe s.,5 x 6 cm-Courtesy Galerie Kugel

Boîte circulaire au couvercle sculpté représentant Adam et Eve, Dantzig, c.1690. Monture en or du XVIIIe s.,5 x 6 cm-Courtesy Galerie Kugel © Guillaume Benoit

Cabinets de curiosité 

C’est semble-t-il à partir du XVIe siècle que l’ambre devient au goût du jour, et que datent les premiers objets dont le commerce s’organise. La Renaissance est un siècle de découvertes et d’échanges internationaux qui mettent sur le marché des objets venus d’ailleurs. De riches amateurs les achètent au prix fort pour leurs « Cabinets de Curiosités » que tout personnage éminent se doit de posséder. Il y fait admirer à ses visiteurs des « choses rares et singulières », un mélange hétéroclite de camées, médailles, objets insolites. Les fossiles voisinent avec des coquillages, des œufs d’autruches, des dents de narval qu’on prend pour des cormes de licornes. Sans oublier les chimères et les sirènes « bricolées » à côté d’herbiers, de nautiles et d’objets d’archéologie. L’ambre y a toute sa place sous la forme de bibelots, statuettes, coffrets, voire petits meubles.

Boîte à jeux complète avec ses pions, deux dés et son jeu d’échecs, Par Michel Redlin, Dantzig, c.1680- 22,5 x 23,4 cm. -Courtesy Galerie Kugel

Boîte à jeux complète avec ses pions, deux dés et son jeu d’échecs, Par Michel Redlin, Dantzig, c.1680- 22,5 x 23,4 cm. -Courtesy Galerie Kugel © Guillaume Benoit

Détail : le plateau de l'échiquier-Courtesy Galerie Kugel © Guillaume Benoit

Détail : le plateau de l’échiquier-Courtesy Galerie Kugel © Guillaume Benoit

Cadeaux diplomatiques

La précieuse résine se répand ainsi en Europe par la « Route de l’Ambre, » qui mène de la Baltique à l’Adriatique en passant par la Prusse, la Pologne et l’Autriche. La constitution des états européens à partir du XVIe s, implique des échanges entre souverains. Les négociations ont d’autant plus de chances d’aboutir qu’elles s’accompagnent de cadeaux obligatoirement prestigieux. Les objets d’ambre deviennent donc les cadeaux diplomatiques de la part notamment duché de Prusse, bordé par la Baltique dans ses relations avec Le Saint Empire des Habsbourg. Le duché deviendra en 1701 le Royaume de Prusse sous le règne de Frédéric 1er de Hohenzollern. La France des Bourbons n’est pas en reste. En 1686 Louis XIV reçoit fastueusement dans la galerie des glaces, les ambassadeurs du roi de Siam. À cette occasion le roi offre à ses hôtes « deux grands miroirs à bordures d’ambre magnifiquement sculptés.

Ambre - Rothschild monture Alfred André, Bronze, or, émail, diamant rubis

Canon, (Michael Schödelook, Dantzig c.1660 prov Rothschild monture Alfred André,
Bronze, or, émail, diamant rubis ©F.Deflassieux

Les artistes de l’ambre

L’Histoire a conservé le nom de certains des artistes de l’ambre. Comme Hans Klingenberg à qui on attribue un jeu d’échecs et ses pions ou Nicolas Turow, auteur probable d’un étonnant plateau de table. On doit à Christoph Labhard l’élégante coupe coquille et à Georg Schreibetr une petite chope sertie de vermeil. Le petit canon agrémenté plus tard d’une monture de bronze et pierres précieuses est l’œuvre de Michael Schödelook. On ne sait en revanche qui est l’auteur de l’Adoration des Bergers’, provenant du Palazzo Corsini, ni de diverses statuettes de vierges fabriquées en Italie. On ignore aussi ce qu’est devenue la « Chambre d’Ambre », cadeau du roi de Prusse au tsar Pierre le Grand. Démontée et volée par les nazis en 1941, on espère la retrouver un jour, peut-être au bond de la Baltique ! elle a été reconstituée au palais de Tsarkoïe Selo… mais ça n’est quand même pas la même chose !

Informations pratiques

Ambre, Trésors de la Mer Baltique, 18 octobre-16 décembre 2023
Galerie Kugel
25, quai Anatole France
75007 Paris
T. 01 42 60 86 23
galerie@galeriekugel.com
Entrée libre du lundi au vendredi 10h-13h et 14h30-18h30
https://www.galeriekugel.com

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