septembre 19, 2018 11:38

Publié par Gaelle Alban

Picasso Bleu et rose

Picasso Bleu et rose : une magnifique exposition qui présente près de 300 oeuvres de l’artiste. J’ai eu plaisir d’y aller en compagnie de Caroline Paux, notre talentueuse photographe. Vous pourrez admirer 80 peintures de Picasso, 11 sculptures, 5 carnets, 24 estampes et plus d’une centaine de dessins. Cette sublime exposition des oeuvres du génie espagnol est le fruit d’une collaboration entre le Musée Picasso et le Musée d’Orsay.

Picasso Bleu et rose

Picasso-Au Moulin Rouge (Le Divan Japonais) Paris 1901

Picasso-Au Moulin Rouge (Le Divan Japonais) Paris 1901

Cette présentation exhaustive de la production sculptée et gravée de l’artiste entre 1900 et 1906 est sublime. Quand Pablo Ruiz arrive à la gare d’Orsay en octobre 1900, il n’a que 19 ans. A peine installé à Paris, il s’immerge dans une actualité bouillonnante et découvre les oeuvres de David et Delacroix. Le jeune Pablo et les artistes de sa génération vouent une admiration profonde à Van Gogh. On retrouve les traces de cette admiration avec la transformation de sa peinture en taches de couleurs pures. En déambulant dans les salles, vous pourrez voir des autoportraits présentés côte à côte. Ces derniers sont révélateurs de la manière dont le peintre assimile et digère les influences successives des “maîtres modernes”.

Picasso-Acrobate à la boue-Paris 1905

Picasso-Acrobate à la boue-Paris 1905. Picasso-Buveuse d’absinte, Paris 1901. Picasso-Famille d’acrobates avec un signe-Paris-1905. Picasso-Femme à l’éventail.

Un pied à Paris et l’autre à Barcelone

L’exposition Picasso Bleu et rose nous dévoile que ce n’est pas qu’à Paris que l’artiste trouve son inspiration. Ses séjours à Malaga, Madrid, Barcelone ou Tolède, montrent son attachement à l’Espagne. A Barcelone, Picasso se nourrit de la peinture de ses aînés, Santiago Rusinol et Ramon Casas.

Picasso-Femme au peigne, Paris 1907

Picasso-Femme au peigne, Paris 1907. Picasso-Femme dans la loge, Paris 1901. Picasso-Femme en Bleu – 1901. Picasso-Fillette au panier de fleurs_Paris 1905

Le retour de Picasso

Au printemps 1901, Picasso arrive à nouveau à la Gare d’Orsay. Il apporte avec lui quelques pastels réalisés à Madrid. Dans son atelier Bd de Clichy, il peint jusqu’à trois toiles par jour. Le 25 juin, il expose 64 toiles et quelques dessins rue Laffite. Chez Vollard, l’exposition prend fin le 14 juillet. Le tout Paris découvre un Picasso qui s’approprie et réinvente les styles et les motifs des grands artistes modernes.*
*Van Gogh, Degas et Toulouse-Lautrec

Picasso-Mort de Casagnemas, Paris été 1901

Picasso-Mort de Casagnemas, Paris été 1901. Picasso-Mère et l’enfant Paris 1901. Picasso-Nu couché, avec Picasso assis à ses pieds-1902-1903. Picasso-Santiago Rusinol 1900.

Picasso Bleu et rose : la période bleue

L’automne 1901 correspond au retour sur soi du peintre et à une réorientation de son art. Les toiles consacrées au décès de son ami Casagemas sont poignantes. C’est là qu’apparait la figure d’Arlequin. Picasso a 20 ans. Son Arlequin est décliné dans un ensemble de toiles aux formats et aux thèmes comparables. L’audace de ses compositions en arabesques lui viennent d’Henri de Toulouse-Lautrec. Les cernes sombres et les aplats de couleur confèrent à ses toiles une “impression de vitrail”. Remarque de Félicien Fagus, critique d’art, en 1902. Les productions graphiques de 1902 à 1903 représentent des hommes et des femmes aux corps souffrants et amaigris. Elles montrent également à quel point le peintre maîtrise la technique. Peindre en bleu était une nécessité intérieure pour Picasso. Il a certainement été influencé par son habitude de travailler la nuit à la lampe à pétrole.

Picasso-Juli Vallmotjana_1900

Picasso-Juli Vallmotjana 1900. Picasso-Juli Vallmotjana_1900. Picasso-La Célestine, Barcelone, 1904. Picasso-La signature de Picasso.

De la tristesse et de la douleur

A l’automne 1091, Pablo Picasso visite la prison pour femmes de Saint-Lazare à Paris. Il y rencontre des détenues dont la plupart sont des prostituées. Certaines y sont recluses avec leur enfant. Les femmes atteintes de maladies vénériennes sont coiffées d’un bonnet comme signe distinctif. C’est le point de départ d’une série de toiles autour du thème de la maternité. J’ai été frappée par le côté sombre de ces peintures. Fin janvier, à son retour à Barcelone, Picasso continue de peindre des figures féminines. Toutes sont autant d’images de la solitude et du malheur. Le bleu prédomine dans les peintures de l’artiste. D’où le nom de “période bleue”.

Picasso-Buste de femme (Fernande)-Gosol, 1906

Picasso-Buste de femme (Fernande)-Gosol, 1906. Picasso-La Naine 1901. Picasso-Meneur de cheval nu-Paris 1905-1906.

Picasso Bleu et rose : la période rose

En 1904, Picasso prend ses quartiers au Bateau-Lavoir, dans l’atelier laissé par Paco Durrio. C’est là qu’il fait la connaissance de Fernande Olivier qui va devenir sa première compagne. Son idylle change ses thèmes de prédilection. La mort laisse la place à l’amour et à la joie de vivre. Toutefois, il conserve une certaine mélancolie que l’on retrouve dans ses Arlequins. Cette période rose va durer deux ans. Elle prendra fin avec “Les Demoiselles d’Avignon”, premier tableau de la période cubiste. Paco Durrio, Max Jacob, Guillaume Apollinaire et André Salmon font partie des ses premiers admirateurs. Ils l’ont éveillé aux goût de la poésie nouvelle qui a imprégné les oeuvres de la “période rose”.

Picasso-Nu aux mains jointes-Gosol 1905

Picasso-Nu aux mains jointes-Gosol 1905. Picasso-Picasso par Lui-même, Paris janvier 1903. Picasso-Portrait de Gustave Coquiot, Paris 1901. Picasso-Vue d’expo.

Picasso Bleu et rose : enfin une exposition

Aucune exposition n’avait été consacrée à cette importante période du peintre par un musée français. C’est chose faite aujourd’hui. Comme vous devez le savoir, Picasso avait un côté érotique assez prononcé. Ses dessins érotiques constituent un contrepoint saisissant aux toiles graves et mélancoliques des misérables de la période bleue. Prenez le temps de les admirer car beaucoup d’entres elles sont longtemps restées confidentielles. En ce qui concerne la période bleue, c’est Picasso qui a inscrit au crayon bleu, au-dessus de la porte de son atelier montmartrois “Au rendez-vous des poètes”.

Musée d’Orsay
62 rue de Lille
75007 Paris 7

m.musee-orsay.fr

Copyright : Caroline Paux

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