Versailles, royaume des animaux

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Versailles, royaume des animaux

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Versailles était jadis le palais des rois, mais aussi, on le sait moins, le royaume des animaux. Ceux qui volent, qui marchent, qui rampent, qui galopent. Animaux domestiques, sauvages et même exotiques, à poils ou à plumes, de l’oiseau mouche à l’éléphant du Congo. Les plus rares ou ceux jugés dangereux habitent la Ménagerie installée tout au bout du parc près du Grand Canal. 

Mais beaucoup sont en liberté, dans les jardins ou dans les appartements, même les singes qui amusent tant les enfants. Les petits princes sont presque toujours représentés avec un animal dans les bras. Chiot ou chaton le plus souvent, ou tourterelle. Aujourd’hui à Versailles les princes ont laissé la place aux touristes et la ménagerie n’existe plus. Les animaux sont de retour sous la forme de sculptures, tableaux, tapisseries, dessins et même naturalisation. Le temps d’une exposition d’un genre inédit. 

Animaux - Ménagerie de Versailles", eau-forte aquarellée, XVIIe s

Adam Perelle « Vue et perspective de la Ménagerie de Versailles », eau-forte aquarellée, XVIIe s ©château de Versailles RMN, ph C.Fouin

Les animaux de plomb du Labyrinthe

Le visiteur est plongé d’entrée de jeu au temps de Louis XIV dans les allées du mythique Labyrinthe aujourd’hui disparu. Ce bosquet insolite était tracé d’allées en culs de sac bordées de hautes futaies où le promeneur était censé se perdre. Il rencontrait au passage des fontaines animées par les drôles d’animaux sortis tout droit des Fables d’Ésope… ou de La Fontaine !  Mais ces sujets burlesques en plomb polychromé résistent mal aux hivers humides de Versailles, il faut continuellement les réparer. Si bien que cent ans plus tard, le Labyrinthe est démantelé et remplacé par le « Bosquet de la Reine », beaucoup plus classique.  Les labyrinthes sont passés de mode. Les animaux de plomb sont livrés à leur sort. Presque tous ont disparu. À l’exception d’une trentaine de rescapés plus ou moins mutilés qui reprennent du service à l’occasion de cette exposition. 

Animaux - L'entrée de l'expo, évocation du Labyrinthe de Versailles, avec les animaux de plomb d'origine

L’entrée de l’expo, évocation du Labyrinthe de Versailles, avec les animaux de plomb d’origine ©Didier Saunier

Les animaux de la Ménagerie

Bien différents sont ceux de la Ménagerie, la véritable attraction. Un vrai palais des animaux, conçu, comme celui du roi par l’architecte Le Vau. Ici, les bêtes ne sont pas en plomb mais en chair, en os, à plumes et à poils. Ce sont des animaux exotiques que les gens ne connaissent qu’en images ou par les récits des voyageurs en pays lointains.  Aujourd’hui on voyage par écran interposé, sans bouger de son fauteuil, grâce à de beaux reportages sur la jungle et la faune sauvage. Ce n’est pas le cas des Français du XVIIe siècle. Ils ne disposent que d’images plus ou moins réalistes voire carrément fantaisistes. Quant à aller sur place à la découverte de la Jungle, les voyages lointains sont impossibles au plus grand nombre.

Nicasius Bernaerts, Autruche, hst 1664/68, Musées de Montbéliard

Nicasius Bernaerts, Autruche, hst 1664/68, Musées de Montbéliard ©C-H Bernadot – François Desportes, chevreuil gardé par les chiens, hst début XVIIIe,

Faune sauvage

L’arrivée à Versailles d’une éléphante du Congo offerte à Louis XIV par le roi de Portugal en 1668 fait sensation. Chaque jour, elle est nourrit avec 80 livres de pain et 20 litres de vin plus riz et herbes à volonté. Un régime peu en rapport avec celui de la jungle ! Au point que treize ans plus tard elle décède dans la fleur de l’âge. L’autre éléphant, entré à la Ménagerie en 1772,  s’échappa de son enclos pour finir sa promenade dans le grand canal où il se noya ! En 1682 Louis XIV accueille une tigresse offerte par le roi du Maroc et en 1711 deux lamas sont rapportés pas un corsaire normand. En 1722 le jeune Louis XV âgé de douze ans reçoit un tigre et un lionceau. 50 ans plus tard, un rhinocéros.

A savoir

En revanche aucune trace de girafe n’a été trouvée à Versailles. La première à mettre un sabot sur le sol français sera celle offerte à Charles X en 1827. On peut encore la voir, naturalisée au Museum de La Rochelle.

Animaux - Pieter Boel, Éléphant du Congo vu de face, pierre noire et pastel, musée du Louvre

Pieter Boel, Éléphant du Congo vu de face, pierre noire et pastel, musée du Louvre ©RMN Grand Palais, /Michèle Bello

Un si long voyage

Outre les éléphants cohabitent à Versailles autruches, poules sultanes, grues couronnées, casoars d’Indonésie, dromadaires, léopards.  Les plus nombreux sont les volatiles dont les couleurs chatoyantes séduisent le public et les artistes. Le transport de ces animaux exotiques n’est pas une mince affaire au temps de la marine à voile et de la traction animale. C’est Colbert qui se charge d’organiser leur transfert depuis l’Afrique noire, Égypte, Tunisie, l’Indonésie. Le voyage par bateau dure des mois, parfois près d’une année, dans des conditions d’inconfort qu’on peut imaginer pour ces animaux capturés, stressés, sortis de leur milieu naturel et nourris de manière improbable. Ils débarquent à Marseille d’où ils sont acheminés à pied jusqu’à Paris et Versailles. Beaucoup ne survivent pas à cette épreuve et les rescapés ont une espérance de vie singulièrement raccourcie.

Calao Papou naturalisé, fin XVIIIe Blois Musée d'Histoire naturelle

Calao Papou naturalisé, fin XVIIIe Blois Musée d’Histoire naturelle ©Didier Saunier

Animaux de compagnie

Ce problème n’existe pas avec les animaux de compagnie hébergés dans les appartements du château. Les singes amusent les enfants et les chiens de chasse sont l’objet d’une grande sollicitude. De la part du Roi surtout, très attaché à ses lévriers, chiens de chasse ou de race qui ont même leur propre appartement à côté de celui du monarque. Ils ont des noms bien sûr et l’honneur d’être portraiturés par les meilleurs artistes. Les chiots et gentils toutous sont plutôt représentés dans les bras des enfants ou des jeunes princesses. De même que les chats. Ce félin, jamais totalement apprivoisé, est diversement apprécié à la cour. Louis XIV est indifférent, mais Louis XV les adore au point d’avoir promu son chat noir au grade de « Général ». Louis XVI, lui, les déteste après avoir été lâchement agressé par derrière par un minet venu faire sa sieste dans sa chaise percée !

J.B. Oudry, "Le Général", chat noir de Louis XV, hst XVIIIe, coll Elaine et Alexandre de Bothiro DR

J.B. Oudry, « Le Général », chat noir de Louis XV, hst XVIIIe, coll Elaine et Alexandre de Bothiro DR

L’œil de l’artiste

Si tout cet exotisme attire les visiteurs, petits et grands, il fait aussi le bonheur des artistes et des scientifiques. Les peintres apprécient de se mettre sous le pinceau autre chose que les chiens du roi, les chevaux, chevreuils, cerfs et gazelles. L’art animalier connaît donc un singulier développement à partir du XVIIe s. et surtout il se diversifie. Les plumages multicolores des aras, perruches, flamants roses et grues couronnées inspirent particulièrement les peintres. Comme Nicosius Bernaerts et Pieter Boel à qui on doit aussi un dessin de l’éléphant du Congo. On connaît bien les portrait de chiens de Desportes et Oudry, et les « Singeries » de Christophe Huet. Leurs peintures servent aussi de modèles aux tapisseries monumentales qui ornent les appartements. Les sculpteurs ne sont pas en reste : voir les monumentaux Chevaux du Soleil du bosquet d’Apollon, vedettes de l’exposition. 

Léopard monté sur un traîneau bois sculpté et doré c.1730/40, Versailles, dépôt du musée du Louvre

Léopard monté sur un traîneau bois sculpté et doré c.1730/40, Versailles, dépôt du musée du Louvre ©Didier Saunier. Au fond un tableau de J.B. Oudry,

L’animal et la science

Pour les savants et entomologistes, la Ménagerie royale est un vrai paradis. L’occasion de voir évoluer en vrai ces bêtes venues d’ailleurs, d’observer leurs attitudes et leur comportement. De mieux connaître aussi ce qu’elles ont dans le ventre (au sens propre) Dès qu’un animal meure – ce qui arrive souvent – on procède à sa dissection devant le roi et ces messieurs de l’Académie des Sciences. Un des premiers candidats fut un caméléon, animal mystérieux s’il en est, qui avait jadis retenu l’attention d’Aristote. Les théories de Claude Perrault réfutent celles du philosophe grec sans être plus concluantes. Elles nous valent des planches gravées ultra détaillées du squelette de l’animal. Même chose pour l’éléphante décédée en 1681et disséquée sous la direction du même Perrault. Son squelette figure à l’exposition en compagnie de sa congénère naturalisée un siècle plus tard par Daubenton. 

Squelette de l'éléphante du Congo morte en 1681 à la Ménagerie, Muséum d'Histoire Naturelle, Paris

Squelette de l’éléphante du Congo morte en 1681 à la Ménagerie, Muséum d’Histoire Naturelle, Paris ©Didier Saunier

Descartes avait tout faux 

Ces observations amènent les savants à une réflexion nouvelle sur l’âme des animaux. On connaît la théorie de Descartes selon laquelle l’animal n’est qu’une machine dénuée de sentiment et de sensibilité.  Si le philosophe, mort en 1650, avait rencontré les hôtes des enclos de Versailles, peut-être aurait-il changé d’avis ? A force d’observer, les habitués de la Ménagerie ont pu voir que nos amies les bêtes ne manquent ni d’intelligence ni de sentiment. Comme l’éléphant qui douchait carrément ceux qui se moquaient de lui. Ou le petit chien du Dauphin qui, après la mort de son maître, venait chaque matin s’installer à la place que son maître occupait à la chapelle. A Versailles, on pratique la chasse, mais beaucoup partagent les idées du naturaliste Charles Leroy : « je dis que les bêtes sentent comme nous et je crois que, pour penser autrement, il faudrait absolument fermer ses yeux et son cœur. « 

Informations pratiques

Les Animaux du Roi
Jusqu’au 13 février 2022
Ouvert chaque jour sauf lundi, 9h-17h30
Entrée : 18€, TR : 13€
Château de Versailles 78000 Versailles
Informations et réservations : www.chateauversailles.fr

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