Capodimonte au Louvre

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Capodimonte au Louvre

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Du Louvre à Capodimonte, d’un palais royal à l’autre, il n’y a cet été que l’escalator qui mène de la Pyramide aux salles d’exposition. Et un bon marathon à travers les vastes espaces de ce palais-musée qui passe pour le plus riche du monde. Pour accueillir en ses murs le musée de Capodimonte en cours de rénovation, le Louvre a adopté un nouveau concept, un peu déroutant a priori. Au lieu de l’habituelle présentation dans la salle d’exposition, les œuvres sont réparties entre divers départements. Ce qui permet de confronter les richesses du musée napolitain aux collections italiennes du musée du Louvre. Objets d’orfèvrerie et des porcelaine donnent une idée de la richesse de la cour napolitaine, du XVe au XVIIIe s. Mais l’essentiel de l’exposition porte sur la peinture italienne groupée dans le Salon Carré et la Grande Galerie. 

Capodimonte - La cassette Farnèse, argent doré, cristal de roche, émail, lapis-lazuli par M. Di Bastiano Sbarri et G. Bernardi,. C. 1548-1560, L: 49cm. Museo e Real Bosco di Capodimonte.

La cassette Farnèse, argent doré, cristal de roche, émail, lapis-lazuli par M. Di Bastiano Sbarri et G. Bernardi,. C. 1548-1560, L: 49cm. Museo e Real Bosco di Capodimonte.

La porcelaine à Capodimonte

Le parcours débute logiquement par la Salle de la Chapelle au premier étage de l’Aile Sully. Une brève présentation des souverains ayant régné sur Naples, des Farnèse aux Bourbon. Sans oublier l’intermède napoléonien qui de 1808 à 1815 installe au palais de Capodimonte Joachim Murat et son épouse Caroline, sœur de l’Empereur. Des portraits de souverains voisinent avec des vues de la baie de Naples de diverses époques, sur fond de Vésuve plus ou moins fumant. Dont une couleurs de la modernité, signée d’Andy Warhol. On remarque surtout deux objets magnifiques autant qu’étonnants La Cassette Farnèse, (mi-XVIe) en argent doré et ciselé, émail, cristal de roche, lapis-lazuli) et l’incroyable surtout de table en biscuit de Filippo Tagliolini, La Chute des Géants fin XVIIIe. Pur tour de force des artistes de la manufacture de Capodimonte.

Capodimonte - La Chute des Géants. c.1785. Biscuit de porcelaine de la Real Fabbrica Ferdinandea. H. 162 cm MIC-. Museo e Real Bosco di Capodimonte © Luciano Romano

La Chute des Géants. c.1785. Biscuit de porcelaine de la Real Fabbrica Ferdinandea.
H. 162 cm MIC-. Museo e Real Bosco di Capodimonte © Luciano Romano

Capodimonte de mains de maîtres

Les amateurs de dessins se rendront ensuite à l’étage au-dessus, Salle de l’Horloge. Là sont présentés divers cartons, dessins, étude préparatoires, des mains de Raphaël, Michel-Ange, Giulio Romano… La plupart proviennent de la collection de Fulvio Orsini, grand érudit et bibliothécaire du cardinal Alexandre Farnèse. Il fut un des premiers à apprécier la valeur intrinsèque des dessins et à les avoir collectionnés dans cet esprit. Même si le Moïse devant le Buisson ardent, de Raphaël et le Groupe de soldats de Michel-Ange sont des étapes préparatoires aux décors du Vatican. C’est aussi le cas de la Madone de l’Amour Divin dont le piquetage montre qu’il s’agit d’un « poncif  » pour le tableau final de Raphaël et de L’Amour embrassant Vénus d’après Michel-Ange lui-même. Même s’il n’est pas toujours facile de reconnaître le main du maître de celle d’un bon élève. 

Raphaël, Moïse devant le Buisson ardent. 1514, fusain et craie noire sur papier, 138 x140 cm. MIC-Museo e Real Bosco di Capodimonte.

Raphaël, Moïse devant le Buisson ardent. 1514, fusain et craie noire sur papier,
138 x140 cm. MIC-Museo e Real Bosco di Capodimonte.

Début de parcours au Salon Carré 

L’essentiel du parcours débute dans le mythique Salon Carré. Autour du Couronnement de La Vierge de Fra Angelico (au Louvre) sont accrochés les Primitifs du XVe siècle de Capodimonte. Une somptueuse Crucifixion à fond or de Masaccio début du XVe contraste avec la Transfiguration de Bellini, déjà plus classique. Le nom du Napolitain Colantino nous est moins familier. Il est l’auteur d’un épisode amusant de la vie de Saint Jérôme, éminent traducteur de la Bible et sincère ami des bête. Rencontrant un lion blessé par une épine fichée dans sa patte, il ne craint pas de soigner le fauve devenu doux comme un mouton. La fin du XVe siècle voit aussi les débuts de l’art du portrait qui connaîtra son apogée au siècle suivant. On attribue à Jacopo de Barbari celui, encore un peu guindé du franciscain- mathématicien Luca Pacioli avec un de ses élèves. 

Capodimonte - Giovanni Bellini, la Transfiguration, c. 1478, hsp 115x152 © MIC, Museo e Real Bosco di Capodimonte

Giovanni Bellini, la Transfiguration, c. 1478, hsp 115×152 © MIC, Museo e Real Bosco di Capodimonte

La Pietà, une autre image de la Vierge à l’Enfant 

Le passage du Salon Carré à la Grande Galerie marque une transition franche entre moyen-âge et Renaissance. On est même frappé par un impressionnant étalage de nus, tant masculins que féminins, blafards, épanouis ou franchement morbides. Ceux du Louvre comme ceux de Capodimonte. Au XVIe siècles les Vierges hiératiques à fond d’or avaient déjà fait place aux gracieuses jeunes mamans de Raphaël. À la fin du siècle apparaît avec la Pietà, une autre version de la Vierge à l’Enfant, celle de la Mater Dolorosa. Le Jésus potelé est remplacé dans les bras de Marie par le corps décharné du Crucifié, d’un réalisme parfois dérangeant. Le Christ souffrant se décline aussi à travers les étapes de la Passion : Flagellation, Crucifixion, descente de Croix, Autant d’occasion pour l’artiste de faire valoir ses connaissances en anatomie. La dissection fait aussi partie de son apprentissage.

Caravage, La Flagellation. 1607. hst 286 x 213 cm, en dépôt au Museo e Real Bosco di Capodimonte © Luciano Romano.
Annibal Carrache, Pietà avec saint François et Marie-Madeleine hs,t 277x186cm © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) ph. Gérard Blot

Caravage, La Flagellation. 1607. hst 286 x 213 cm, en dépôt au Museo e Real Bosco di Capodimonte © Luciano Romano.
Annibal Carrache, Pietà avec saint François et Marie-Madeleine hs,t 277x186cm © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) ph. Gérard Blot

Mythes Bibliques

Dans la foulée, cette version un peu glauque de l’art du nu trouve de multiples adaptations dans le récit biblique. À commencer par le mythe de Caïn et Abel interprété par Lionello Spada à Capodimonte de manière scabreuse, quasi incestueuse. Le martyrologue chrétien alimente le thème. Le corps adolescent de Saint Sébastien percé de flèches, les yeux crevés de Sainte Lucie, les seins coupés de Sainte Agathe… Sans oublier Saint Laurent grillé vif, Saint-Jean Baptiste décapité sur l’ordre d’Hérode. À ne pas confondre avec Judith décapitant Holopherne. Lui n’est pas un saint, mais un très-méchant, mandaté par Nabuchodonosor pour anéantir le peuple juif. Le thème est souvent abordé par les artistes. Sous le pinceau d’Artemisia Gentileschi, violée à dix-neuf ans par un élève de son père, il devient carrément symbole de castration. Une sorte de manifeste féministe à la sauce italienne du XVIe s.

L. Spada, Caïn et Abel. 1612-1614. hst, 178,5 x 118 cm. ©MIC-Ministero della Cultura, Museo e Real Bosco di Capodimonte. Artemisia Gentileschi, Judith décapitant Holopherne. c1612-1613. hst, 158,8 x 125,5 cm. MIC-, Museo e Real Bosco di Capodimonte

L. Spada, Caïn et Abel. 1612-1614. hst, 178,5 x 118 cm. ©MIC-Ministero della Cultura, Museo e Real Bosco di Capodimonte. Artemisia Gentileschi, Judith décapitant Holopherne. c1612-1613. hst, 158,8 x 125,5 cm. MIC-, Museo e Real Bosco di Capodimonte

Les amours des Dieux

Aucun martyr ne figure évidemment dans la mythologie gréco-romaine qui offre néanmoins une grande variété de nus mâles ou femelles. L’Olympe de Zeus est peuplé de divinités décomplexées et déshabillées dont les mœurs très libres offrent aux artistes un choix de sujets. La course folle du jeune Hippomène défiant à la course la chasseresse Atalante, inspire le Bolognais Guido Reni. Le prince l’emporte en semant derrière lui quelques pommes d’or que la jeune femme ne peut s’empêcher de ramasser. Le satyre Marsyas ne craint pas d’affronter Apollon dans un concours de flûte qui lui vaut d’être écorché vif sur ordre du dieu. On ne plaisante pas dans l’Olympe ! Le thème est choisi entre autres par Ribera et Giordano. Tandis qu’Annibal Carrache s’attaque au Hésitations d’Hercule entre le Vice et la Vertu.  Pas d’hésitation pour le Titien tenté à la fois par les formes voluptueuses de Vénus et de Danaé. 

Capodimonte - Le Titien, Danaé. 1544-1545. hst, 120 x 172 cm. MIC-Museo e Real Bosco di Capodimonte

Le Titien, Danaé. 1544-1545. hst, 120 x 172 cm. MIC-Museo e Real Bosco di Capodimonte

Galerie de portraits

Dans un genre plus profane et plus sérieux que ces extases religieuses ou ces débordements mythologiques, le XVIe siècle est celui de l’art du portrait. Un art plus compliqué qui n’y paraît. Il faut plaire, sans trop le flatter au modèle, qui vous paye. Souvent un « puissant » qui peut saboter la carrière de l’artiste qui l’aurait trop « maltraité » à son goût. Raphaël, Parmigiano et Titien, maîtrisent assez bien cet art de plaire sans complaire. À en juger par le défilé de papes, cardinaux, princes et princesses plus ou moins jeunes arrivés de Capodimonte. Sans oublier le divin Léonard puisque Mona Lisa fait aussi partie du circuit. Elle nous attend avec son sourire narquois dans la salle qui lui est dévolue, inaccessible sous les flash de ses admirateurs. En compagnie des Noces de Cana de Véronèse où Jésus n’en finit pas, depuis près de cinq siècles de transformer l’eau en vin.

Capodimonte - Attr.J. de Barbari : portrait de Luca Pacioli avec un élève 1495. hsp, 99x120 cm. MIC-Museo e Real Bosco di Capodimonte © Amedeo Benestante

Attr.J. de Barbari : portrait de Luca Pacioli avec un élève 1495. hsp, 99×120 cm. MIC-Museo e Real Bosco di Capodimonte © Amedeo Benestante

l Parmigianino, Portrait d' Antea. c 1535. hst, 138 x 36 cm. Il Parmigianino Portrait de Galeazzo Sanvitale. 1524. Hsp 108x80cm Museo e Real Bosco di Capodimonte © Luciano Romano

l Parmigianino, Portrait d’ Antea. c 1535. hst, 138 x 36 cm. Il Parmigianino Portrait de Galeazzo Sanvitale. 1524. Hsp 108x80cm Museo e Real Bosco di Capodimonte © Luciano Romano

Capodimonte au Louvre : Informations pratiques

Naples à Paris : Musée du Louvre
Du 7 juin 2023 au 8 janvier 2024
Ouvert chaque jour sauf mardi, 9h-18h, jusqu’à 21h45 le vendredi
Entrée: 15€ sur place, 17€ en ligne
Gratuit pour moins de 18 ans et moins de 26 ans relevant de l’espace européen
Et le premier vendredi du mois, sauf juillet et août. de 18h à 21h45, sur réservation.
Réservation : www.ticketlouvre.fr/louvre/b2c/index.cfm

À Savoir

Le Louvre, une idée de longue date

Contrairement à ce qu’on raconte, c’est à Louis XVI qu’on doit le Musée du Louvre, pas à la Révolution. C’est bien en 1793, en pleine Terreur, que le Museum ouvre ses portes au public parisien. Mais l’idée remonte bien plus loin. Le Musée du Louvre existerait même si la révolution n’avait pas eu lieu. Le premier « musée » ouvert au public à Paris est la galerie du Luxembourg, en 1775, fermée quatre ans plus tard. Le comte d’Angiviller, directeur des bâtiments du Roi décide d’exposer au Louvre le meilleur des collections de la Couronne. Un Guide de Paris de 1787 annonce l’ouverture prochaine de « Cette galerie destinée devenir un musée ». Cette même année 1793, on a décapité les statues de Notre-Dame et envoyé au creuset les trésors des églises. On a aussi brûlé les tapisseries pour en récupérer les fils d’or et livré aux enchères le mobilier royal de Versailles !

Photo d’ouverture

L’ancien palais royal de Capo di Monte- MIC-Ministero della Cultura, Museo e Real Bosco di Capodimonte

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