Il était une fois, Clovis

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Il était une fois, Clovis

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Clovis, pour les jeunes Français c’est d’abord un mot historique : Souviens-toi du vase de Soisson ! Oui, les écoliers se souviennent du chef franc qui cassa la tête du guerrier coupable d’avoir brisé exprès un vase sacré. Au grand dam de l’évêque de la cathédrale où il avait été pillé. Voilà pourquoi ce vase ne figure pas à l’exposition présentée actuellement au château de Saint-Germain. Pas plus que la francisque utilisée par Clovis pour son geste expéditif. C’était il y a si longtemps, plus de quinze siècles ! 

Précisons que la cathédrale était celle de Reims dont l’évêque Remi baptisa Clovis un peu plus tard « Courbe toi fier Sicambre ! » Ce geste permet à Clovis d’être officiellement reconnu par le pape et le clergé de Gaule. Et surtout accepté comme chef par l’ensemble de la population. De là à conclure que l’épisode du vase de Soisson est à l’origine de l’État français, il y a une marge. Il faudra encore sept siècles pour que le Rex Francorun devienne le Roi de France. 

Clovis - L'équipement d'un chef de guerre : épée, javelot, hache, couteau, boucle d'argent, 54117- Chaouilley ©RMN-Grand Palais (musée d'Archéologie nationale) Jean-Gilles Berizzi

L’équipement d’un chef de guerre : épée, javelot, hache, couteau, boucle d’argent, 54117- Chaouilley ©RMN-Grand Palais (musée d’Archéologie nationale) Jean-Gilles Berizzi

Clovis conquiert la Gaule

Le nouveau chrétien n’a rien d’un enfant de chœur. Clovis conquiert son royaume à la pointe de l’épée. Au début il se réduit à la région autour de Tournai, à cheval sur la Picardie actuelle et la Wallonie. C’est là que des ouvriers ont découvert par hasard, en 1653 la tombe de son père Childéric. Mais peu à peu « le monde de Clovis » va s’étendre jusqu’aux Pyrénées et à la Bourgogne. Il récupère d’abord la Thuringe, héritage de sa mère. Puis, la bataille de Soisson l’amène jusqu’à Lutèce, devenue Paris, celle de Tolbiac sur les Alamans, lui met un pied en Germanie. Il chasse ensuite les Wisigoth de l’actuelle Occitanie, puis les Burgondes, battus à Dijon. A sa mort en 511, le monde de Clovis a presque la taille de la France actuelle. Pas pour longtemps puisque le royaume est partagé entre ses fils. Charmants jeunes gens qui n’ont de cesse de s’entre-tuer pour s’accaparer chacun la totalité. 

Clovis - Couteau, flèche, hache… miniatures trouvés dans la tombe d'un garçonnet, région de Namur, ©Service public de Wallonie - Agence Wallonne du Patrimoine

Couteau, flèche, hache… miniatures trouvés dans la tombe d’un garçonnet, région de Namur, ©Service public de Wallonie – Agence Wallonne du Patrimoine

Sur la piste des Francs

L’exposition nous épargne ces horreurs sanglante d’autant qu’elle s’adresse en premier lieu aux écoliers. Difficile de familiariser les enfants avec une époque si éloignée de la leur à tous points de vue. Peuvent-ils s’identifier au garçonnet de huit à dix ans dont on a retrouvé la tombe ? Le petit, apparemment fils d’un noble guerrier, a été enterré avec ses jouets. Couteau, hache de jet, pointes de flèche…comme ceux de Papa, en plus petit. C’est un jeu moins dangereux qu’on propose aux enfants du XXIe siècle. Un « escape game », concept en vogue aujourd’hui, pour leur présenter de façon ludique des histoires vieilles de 1500 ans. Ils sont invités jouer au Gaulois dans la peau et dans la tête, d’un personnage représentatif de la société franque à l’époque. 

Pommeau de l'épée du chef de Chaouilley orné de deux anneaux croisés, ©RMN-Grand Palais (musée d'Archéologie nationale) Loïc Hamon

Pommeau de l’épée du chef de Chaouilley orné de deux anneaux croisés, ©RMN-Grand Palais (musée d’Archéologie nationale) Loïc Hamon

Du bas en haut de l’échelle 

Avec Andarchius l’enfant devient un paysan gallo-romain, un de ces Gaulois romanisés et christianisés qui forment le gros de la population. En bas de l’échelle sociale dont il peut s’efforcer de gravir les échelons à force de débrouillardise. Grâce au livret jeu et à l’application web à télécharger – qui l’amènent à déambuler d’une vitrines à l’autre de l’exposition. Voire à s’identifier, se muer en artisan du métal comme celui dont on a retrouvé les fours, divers objets et trois moules de fibules. Et pourquoi pas, comme l’orfèvre Eloi, devenir conseiller du roi Dagobert et héros d’une chanson bien connue ? Le fibule est une épingle du type de nos épingles de nourrice, pour accrocher les vêtements. À ce titre elle est un vrai bijou. Comme ceux qu’on admire dans la vitrine consacrée à la reine Arégonde, épouse de Clotaire.  

Moules de fonderie et objets associés, c 500-525, Namur, ©Service public de Wallonie - Agence Wallonne du Patrimoine

Moules de fonderie et objets associés, c 500-525, Namur, ©Service public de Wallonie – Agence Wallonne du Patrimoine

L’esclave devenue reine

C’est aussi le rêve de Bathilde, le second de nos personnages, née dans une famille d’esclaves. Ambitieuse et intelligente, elle peut espérer sortir de sa condition, lancer des modes des parures. Tel le bandeau incrusté d’or qui coiffait la dame de Grez-Doiceau en Wallonie. Des tuniques galonnées, fermées par des ceintures aux boucles ouvragées. Sans oser rêver au destin d’une autre Bathilde, née esclave elle aussi, qui deviendra reine en épousant le fils du roi Dagobert.  Quant à Geneviève, fille de commerçants syriens en produits exotiques, elle va tenter de sortir de l’anonymat. À l’instar de Geneviève de Nanterre, l’héroïne emblématique dont elle porte le nom, conseillère de Clovis. Par son charisme et son énergie, cette dernière mobilise les Parisiens prêts à fuir devant les hordes d’Attila. Elle sauve ainsi de l’invasion la ville dont elle devient la sainte patronne. Elle meurt en 512 à 89 ans. 

Ensemble de bijoux provenant du tombeau de la reine Arégonde, or, émail, grenats ©RMN-Grand Palais (musée d'Archéologie nationale) ph. Jean-Gilles Berizzi.

Ensemble de bijoux provenant du tombeau de la reine Arégonde, or, émail, grenats ©RMN-Grand Palais (musée d’Archéologie nationale) ph. Jean-Gilles Berizzi.

La main au feu

Notre quatrième personnage s’appelle Médard, sans rapport avec son homonyme qui fait la pluie et le beau temps. Lui n’a rien a prouver puisqu’il appartient à la classe dominante des guerriers francs, compagnons de Clovis. Encore doit-il ne pas démériter et apprendre à devenir un combattant digne de sa famille. Comme le fier guerrier dont on a retrouvé la tombe dans les environs de Chaouilley, en Lorraine. Une région fertile en héros historiques.  Chacun de ces avatars construit son destin au gré de son inspiration. Mais qui osera « mettre sa main au feu » dans le chaudron rempli de braises (fictives on ne sait jamais !) qui permettra de savoir s’il dit la vérité ou s’il ment de façon éhontée. Au total, ces personnages virtuels esquissent le tableau d’une société plus ouverte qu’on ne pourrait le croire. 

Clovis - Chaudron de vérité©F.Deflassieux

Chaudron de vérité©F.Deflassieux

Dames de cœur et de tête 

On remarque le rôle des femmes à cette époque. Loin de se cantonner au ménage et aux enfants, les Mérovingiennes ont donné quelques exemples de fortes personnalités. Comme Clotilde, l’épouse de Clovis qui tente sans succès d’empêcher ses fils de trucider leurs neveux. Ou Geneviève, la résistante, qui réussit, tel un chef de guerre à mobiliser les Parisiens pour stopper l’invasion ses Huns. Radegonde, épouse de Clotaire, le quitte pour fonder un monastère où sont soignés les malheureux et prier pour l’âme de son mari. Le plus sinistre des fils de Clovis est coupable entre autres d’avoir fait griller vifs l’épouse de son fils et leurs deux fillettes ! Arégonde autre épouse de Clotaire, n’a rien fait d’héroïque mais sa sépulture intacte nous en apprend beaucoup sur le bijou barbare.

Bijoux de la dame de Grez-Doiceau, Namur, ©Service public de Wallonie - Agence Wallonne du Patrimoine.

Bijoux de la dame de Grez-Doiceau, Namur, ©Service public de Wallonie – Agence Wallonne du Patrimoine.

Petits meurtres en famille

Au moins ces saintes femmes ont-elles mis un peu de douceur dans ce monde de brutes. Car il ne faut pas idéaliser ces belles images de sagesse et d’intelligence. Elles ne peuvent occulter le monde de violence et de barbarie que fut en réalité le règne de Clovis et de ses héritiers. Une période jalonnée de fratricides, parricides, infanticide. On n’hésite pas à assassiner le frère ou le neveu qui pourrait faire obstacle à votre pouvoir, fût-il un enfant de cinq ans. La dynastie finit par sombrer au milieu du VIIIe siècle, après deux siècles et demi d’une existence chaotique. Elle sera remplacée par celle des Carolingiens, une autre étape et non des moindres, de celles qui ont écrit l’Histoire de France. 

Informations pratiques

Le Monde de Clovis
Exposition ouverte jusqu’au 22 mai 2023, chaque jour sauf mardi, 10h-17h
Tarifs – 6€
Musée d’Archéologie Nationale
78100 Château de Saint Germain en Laye
Renseignements et réservations : 01 39 10 13 00

Site internet :   www.musee-archeologienationale.fr

Photo d’ouverture de l’article : Bathilde et Médard, deux des animateurs de l’escape game

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