Noirlac, une abbaye dans la verdure

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Noirlac, une abbaye dans la verdure

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Il était une fois, au cœur du Berry, une abbaye comme il y en eut tant en France au Moyen-âge. Fondée vers 1135 par des moines cisterciens, Noirlac est un des rares ensembles monastiques à nous être parvenus quasiment intact.

Vendue comme bien national à la Révolution, l’abbaye aurait pu, comme Cluny ou Cîteaux, être “déconstruite” en carrière de pierres. Heureusement, le particulier qui l’acheta, un certain Amable Desjobert préféra en faire sa résidence secondaire. Loin de les détruire, il restaure donc les bâtiments et aménage le dortoir en chambres d’amis. Il plante aussi derrière l’abbatiale, un magnifique allée de tilleuls aujourd’hui bicentenaires.

Noirlac - Le cloître, enfilade des galeries à arcatures du XIIIs.

Le cloître, enfilade des galeries à arcatures du XIIIs. ©Lezbroz, Berry Province

Noirlac histoire et déboires

Après sa mort, Noirlac devient une manufacture de porcelaine, entraînant de graves dégradations, mais pas de destructions. Elle accueille ensuite un orphelinat, puis la communauté des “Sœurs épouses du Sacré-cœur de Jésus“ dissoute en 1901. Une colonie de vacances s’y installe alors, pour les Petits Chanteurs à la croix de bois. Pendant la Grande guerre Noirlac héberge un hôpital pour les blessés. 

Noirlac - Galerie ouest du cloître donnant sur le cellier.

Galerie ouest du cloître donnant sur le cellier.©Françoise Deflassieux

Noirlac au cœur du cloître

En dépit des déprédations engendrées par ces affectations successives l’abbaye a conservé tous ses éléments d’origine. Ce qui lui vaut d’être classée “monument Historique“ dès 1866, et de bénéficier d’une première restaurations en 1893.  Une seconde campagne en1960-80, a rendu au site son aspect d’origine. Si les moines revenaient, ils retrouveraient (presque) intacts les lieux qu’ils ont quittés. A commencer par le cloître, véritable cœur de l’abbaye, où les frères se retrouvent dans le silence et la méditation. Le style des arcatures des galeries montre l’évolution du style, des simples ogives du XIIe s au gothique rayonnant du XIIIe. Le cloître a perdu sa fontaine centrale et son jardin disparu été réinventé par le paysagiste Gilles Clément. Il a imaginé quatre massifs en forme de nuages, comme si le ciel s’y projetait.  

Le jardin du cloître, recréé par Gilles Clément

Le jardin du cloître, recréé par Gilles Clément ©Françoise Deflassieux

Un vie tournée vers le ciel

Autour du cloître s’agencent espaces de prière et lieux de vie. Côté nord s’élève la majestueuse abbatiale du XIII siècle dont la nef semble encore résonner du chant des moines. L’élancement des voûtes, sans sculptures ni fioritures est un pur exemple de la simplicité cistercienne toute tournée vers la prière. On ignore ce qui fermait à l’origine les hautes baies qui les éclairent. On connaît en revanche l’aversion des cisterciens pour les vitraux colorés qui égayent les cathédrales d’Île de France. Ils préfèrent les verrières en grisaille qui laissent passer la lumière sans la dénaturer. Nos religieux du XIIe siècle auraient donc certainement apprécié les grisailles XXe  imaginées par le peintre Jean-Pierre Raynaud. Bel exemple d’une rencontre harmonieuse entre l’esthétique du Moyen-âge et l’art contemporain. Ce n’est pas le seul à Noirlac. 

L’abbatiale, élévation de la nef et Les vitraux en grisaille de Jean-Pierre Raynaud

L’abbatiale, élévation de la nef de ©Lezbroz, Berry Province et Les vitraux en grisaille de Jean-Pierre Raynaud©Lezbroz – Berry Province

Lieux de réunion et de restauration

Les mêmes vitraux de Jean-Pierre Reynaud équipent les fenêtres du réfectoire, ouvert sur la galerie sud du cloître. Cette vaste salle rectangulaire voûtée est équipée de bancs de pierre où les frères mangent assis, dans le plus grand silence. Ils écoutent le texte pieux ânonné par le lecteur dont on voit encore la chaire, aménagée dans le mur.  Sur le côté est se trouvent la salle des moines et la salle capitulaire fin du XIIe s. Une belle pièce voûtée aux élégants chapiteaux sculptés de feuilles d’eau. La salle capitulaire est une pièce essentielle de la vie de l’abbaye, réservée aux réunions du chapitre, d’où son nom. Les moines s’y retrouvent chaque matin pour écouter la lecture d’un chapitre de la règle de Saint Benoît. On y débat aussi des divers problèmes quotidiens.

Noirlac - La salle capitulaire sur le côté ouest du cloître

La salle capitulaire sur le côté ouest du cloître © Dominique Lavalette

Le temps du repos 

Au dessus de la salle capitulaire se trouve le dortoir des moines, réorganisé en cellules au XVIIIe s, pour plus d’intimité. Une notion étrangère, voire incongrue à l’esprit des Cisterciens du moyen-âge ! On y accède par un bel escalier de pierre du XVIIIe siècle.  Le dortoir des convers, situé au dessus du cellier à l’ouest du cloître, a conservé son caractère “collectif“ et sa belle charpente en berceau qui ne devait guère protéger du froid ses occupants. Les convers sont des religieux “de seconde zone“ pourrait-on dire, voire des quasi laïcs, voués principalement aux tâches matérielles de la communauté. Ils ne se mélangent pas aux moines stricto sensu. Ne participent pas au chapitre, leurs bâtiments, dortoir et réfectoire sont nettement séparés.

La charpente du dortoir des convers, côté est, au dessus du cellier

La charpente du dortoir des convers, côté est, au dessus du cellier © Françoise Deflassieux

Noirlac côté Nature

Le charme de Noirlac, autant que ses nobles bâtiments, c’est l’écrin de verdure qui les encadre, en harmonie avec l’architecture.

Noirlac - Allée des tilleuls bicentenaires, plantée vers 1800 par A.Desjobert

Allée des tilleuls bicentenaires, plantée vers 1800 par A.Desjobert.© Françoise Deflassieux

Jardins et bocage

Nos cisterciens auraient certainement apprécié, s’ils l’avaient connue, la somptueuse allée de tilleuls derrière l’abbatiale. Elle a été plantée au début du XIX siècle, à l’initiative du sieur Desjobert, premier acquéreur du site après la Révolution. C’est aujourd’hui l’élément le plus ancien des jardins de l’abbaye.  Comme tout monastère, Noirlac avait certainement un potager et un verger pour vivre en autarcie et procurer un revenu. Et aussi un “jardin des simples“ consacré aux plantes médicinales. Les monastères faisaient aussi fonction d’hôpital.  Tout cela a évolué au cours des siècles. Les jardins d’origine ayant disparu, il a fallu les réinventer sans les trahir. Défi relevé par le paysagiste Gilles Clément. 

Le bassin des nénuphars © Frnçoise Deflassieux

Le bassin des nénuphars © Frnçoise Deflassieux

Recréer  sans trahir

Ce dernier conçoit un jardin évolutif en fonction des saisons.  Dès l’entrée, le visiteur se retrouve dans l’allée des arbres de Judée encadrant le bassin des nénuphars. Dans le cloître, il découvre les curieux massifs-nuages  images du ciel se reflétant dans une eau fictive. Les plantes qui le composent, romarin, hysope et sauge, lavande, véronique… restent dans la tradition monastique des jardins des simples.  Derrière la salle capitulaire le jardin des roses changeantes décline ses dégradés de rouges, pourpres jaunes, orangés. En fonction des saisons se succèdent roses anciennes, tulipes, pivoines, dahlias, etc.  Quant au Jardin oriental derrière le chevet de l’abbatiale lui aussi alterne marguerites géantes en été, anémones du Japon en automne. 

Noirlac - Parterre de marguerites derrière le chevet de l’abbatiale ©Erick Mengual

Parterre de marguerites derrière le chevet de l’abbatiale ©Erick Mengual

Le Bocage paradis des oiseaux

Contrairement aux jardins, entièrement recréés, le Bocage, lui, est là depuis l’origine de l’Abbaye, sans doute même avant sa construction. En tous cas, il a certainement peu changé. La biodiversité soigneusement entretenue en bord du Cher. Des zones humides, bancs de sable, mares font le bonheur du guêpier d’Europe, de l’hirondelle de rivage, de la pie-grièche… qui s’y ébattent en liberté et trouvent de quoi s’y nourrir entre l’ambroisie à feuille d’armoise, le robinier et les chênes centenaires, unique nourriture possible du grand capricorne. Dans son authenticité, le Bocage de Noirlac est un véritable paradis des amoureux des plantes et des oiseaux. Fin connaisseurs ou profanes qui s’y laisseront guider par le “médiateur nature“ propose par l’Abbaye. 

Noirlac - Un aspect du Bocage au bord du Cher

Un aspect du Bocage au bord du Cher© Françoise Deflassieux

Un  lieu où souffle l’Esprit 

Les jardins réservent des surprises  comme ces hautes silhouettes de bois sombre derrière le réfectoire, comme les fantômes des moines d’antan. Cette “Permanence des ombres “ œuvre du sculpteur Christian Lapie incarne superbement l’esprit de l’abbaye, de jadis à maintenant. Ici tout est silence, paix et sérénité. Le  vieux site abbatial s’est mué en lieu d’accueil pour artistes, amoureux d’Art ou de Nature,  Le passé y rencontre le présent sans effort ni artifice (ce qui n’est pas le cas partout). Ceux qui ont travaillé à lui rendre son âme se sont coulés dans l’esprit du lieu. Le paysagiste Gilles Clément, le peintre JP Raynaud ou le sculpteur Christian Lapie. Sans oublier la saison musicale qui chaque été fait résonner les voûtes habituées jadis au chant grégorien. Musique sacrée ou profane, jazz ou classique, en dépit des tempêtes de l’Histoire, Noirlac demeure un lieu où souffle l’Esprit. 

“La Permanence des Ombres“, de Christian Lapie, comme une évocation des moines de jadis © Abbaye de Noirlac

“La Permanence des Ombres“, de Christian Lapie, comme une évocation des moines de jadis © Abbaye de Noirlac

infos pratiques 

Abbaye de Noirlac
18200 Bruère-Allichamps (sur la route Jacques Cœur)
Le site de Noirlac est labellisé officiellement “Centre Culturel de Rencontre“
ouvert chaque jour du 1e février au  23 décembre
10h-18:30 du 1 avril au 1 novembre,  14h-17h à partir du 2 novembre.
Fermé du 24 déc au 31 janvier
Plein tarif : 7 €   Tarif réduit : 4.50 €  Moins de 12 ans : gratuit
Accès partiel aux personnes handicapées.
Renseignements : tel – 02 48 62 01 01
Site : https://www.abbayedenoirlac.fr
Visite libre (livret offert à l’accueil). Ou Visite guidée sur demande

Photo d‘ouverture de l’article (SLIDER) : Vue aérienne de l’ensemble abbatial autour du cloître © D.Vandeporta

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