Troyes célèbre les lumières du Vitrail

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Troyes célèbre les lumières du Vitrail

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Quand, pourquoi, comment… et Où surtout ? Vous saurez tout sur l’art du Vitrail après avoir parcouru les salles de “l’Hôtel-Dieu-le-Comte” à Troyes. Pourquoi Troyes ? parce que c’est du Comté de Champagne que provient, dit-on, la majeure partie des vitraux français. Et ce, pour des raisons historiques évidentes. Ce Comté n’est-il pas au cœur des chantiers des cathédrales gothiques dont les grandes baies réclament une garniture à la hauteur.

Avec Reims, la ville du sacre, le Comté est proche du pouvoir royal. Les foires de Champagne qui rayonnent à travers l’Europe le mettent aussi au centre de la vie économique du royaume. Du XIIe au XIIIe siècle elles amènent une prospérité propice à l’éclosion d’une vie artistique intense. Une telle activité ne s’épanouissant à l’époque que dans un cadre religieux. Cathédrale, église, abbatiale… le style ogival implique de hautes baies vitrées qui font souvent les frais de la folie des hommes. Ouverte à la circulation des marchands et pélerins, la Champagne l’est aussi à toutes les invasions et conflits féodaux. La guerre de Cent ans lui porte un coup sérieux mais non fatal, les guerres napoléoniennes ne l’épargnent pas. Quant aux bombardement du XXe siècle ils provoquent des désastres jamais vus. Comme en 1914 quand l’artillerie allemande prend délibérément pour cible Notre-Dame de Reims. 

Vitrail - Pierre Carron, Les Perdrix, 2011, panneau d'essai pour la cathédrale Saint-Gatien de Tour

Pierre Carron, Les Perdrix, 2011, panneau d’essai pour la cathédrale Saint-Gatien de Tour ©Elsa Viollet/ arch dép. Aube

Le Vitrail, un art toujours vivant

À quelque chose malheur est bon dit-on. Ces catastrophes à répétition ont contribué à maintenir vivante en Champagne, jusqu’à nos jours, l’activité des maîtres verriers.  Il faut sans cesse réparer, remplacer, et pourquoi pas créer… Après la Guerre de Cent ans, le vitrail connaît au XVIe siècle un nouvel âge d’or, dans un style plus « maniériste ». L’invention du jaune d’argent donne une palette en camaïeu ocre qui tranche avec les couleurs vigoureuses des siècles antérieurs. La créativité commence à s’épanouir aussi hors du domaine religieux. Les verriers du XIIIe siècle créaient pour la gloire du Seigneur, ceux de la Renaissance recherchent aussi l’adhésion du public. Comme ceux d’aujourd’hui confrontés au défi de se colleter à cet art ancestral qui requiert autant d’habileté que de technicité.

Nettoyage d'un vitrail mis à plat dans, l'atelier d'Isabelle Baudoin ( La Rédemption, Châlons-en-Champagne, cathédrale Saint-Etienne, XIIe s)

Nettoyage d’un vitrail mis à plat dans, l’atelier d’Isabelle Baudoin ( La Rédemption, Châlons-en-Champagne, cathédrale Saint-Etienne, XIIe s) © Arch. dép. Aube / Elsa Viollet

Vitrail - Atelier Erdmann et Kremer, 1866, La fondation de l'Hôtel-Dieu par Henri Ier le Libéral- coll. Cité du Vitrail

Atelier Erdmann et Kremer, 1866, La fondation de l’Hôtel-Dieu par Henri Ier le Libéral- coll. Cité du Vitrail © Studio OG

Un écrin pour le Vitrail

Il fallait à la Cité du vitrail un abri digne de l’accueillir. Justement, l’ancien Hôtel-Dieu dépossédé de sa fonction hospitalière se trouvait disponible. Fondé au XIIe siècle par le Comte Henri Ier, il offre un cadre historique en parfaite harmonie avec sa nouvelle destination.  Les bâtiments d’origine ont évolué au cours des siècles, ceux qu’on voit aujourd’hui datent de la première moitié du XVIIIe. L’aménagement actuel s’est efforcé d’en conserver les volumes sans les dénaturer. Notamment le bel escalier de chêne éclairé par un lustre aussi monumental qu’original dû au verrier troyen Alain Vinum. Il est composé d’une cascade de manchons-bouteilles multicolores, qui symbolisent la nouvelle vocation verrière du lieu. Les visiteurs ont tout le loisir de l’admirer puisque la visite se fait de façon descendante. 

Vitrail - Alain Vinum, Lustre monumentale de la Cité du Vitrail

Alain Vinum, Lustre monumentale de la Cité du Vitrail © Studio OG

L’alchimie du verre

L’étage du haut sous les toits, raconte la technique du vitrail et les étapes de son élaboration. L’atelier, reconstitué grâce à un legs d’Alain Vinum permet de découvrir les outils du verrier. Le verre est coloré dans la masse à l’aide d’oxydes métalliques. Puis il est soufflé à la bouche sous forme de manchons qui sont ensuite aplatis à chaud. Des petits éléments qu’il faut découper avec soin en suivant le modèle fourni par le dessinateur. Ils sont ensuite assemblés avec de joints de plomb. Le verrier s’il n’est pas le créateur stricto-sensu doit être particulièrement adroit et méticuleux. Il lui revient aussi d’affiner les détails en noir (yeux, bouche, plis…) à l’aide d’un pinceau. Les vitraux primitifs se composent d’une palette réduite : bleu, rouge, vert, ocre… qui leur confère une belle vigueur Par la suite, la gamme s’élargit et se nuance mais perd aussi de sa force. 

Vitrail - Le trésor retrouvé, en cours de restauration

Le trésor retrouvé, en cours de restauration © Studio OG

Transfiguration du Christ- XIIes, vitrail provenant de l'ancienne cathédrale romane de Troyes

Transfiguration du Christ- XIIes, vitrail provenant de l’ancienne cathédrale romane de Troyes © Christophe Deschanel

Trésor perdu et retrouvé 

Les salles du second étage sont les plus spectaculaires. La plus petite, la salle du trésor, abrite un rare vitrail fin du XIIe s. figurant La Transfiguration du Christ entre deux apôtres. On pense qu’il était destiné à la première cathédrale romane de Troyes. Un trésor doublé d’un miracle. Ce précieux objet avait disparu depuis plus d’un siècle avant des réapparaître dans une vente aux enchères en 2018. On ne dira jamais assez le rôle des ventes publiques dans la réapparition d’œuvres disparues ou qu’on croyait détruites. Rares sont les vitraux d’époque romane ayant survécu à la révolution du gothique. La Cité en présente un autre Les reliques de Saint Étienne, rescapé de l’ancienne cathédrale romane de Châlons-en-Champagne. Encore plus rares ceux dont on connaît l’auteur, comme les Rois-Mages fin du XIVe s, œuvre du verrier Hermann de Munster pour une église de Metz.  

A G: Arbre de Jessé,XVIs s. église de Laisnes-aux-bois, C: Reliques de St Étienne, c.1155 ,Cath. de Châlons en Champagne. – à Dr: Verrière la Passion, c.1520, église de. Provins

A G: Arbre de Jessé,XVIs s. église de Laisnes-aux-bois, C: Reliques de St Étienne, c.1155 ,Cath. de Châlons en Champagne. – à Dr: Verrière la Passion, c.1520, église de. Provins©Elsa Viollet/ arch dép. Aube

La galerie des vitraux

Éclairée de grandes baies lumineuses, la Galerie des vitraux offre un panorama éloquent de l’histoire du vitrail du XIIe au XXIe s. Elle permet aussi d’admirer de près des œuvres habituellement situées loin de yeux. Conçu et exécuté pour un emplacement précis, un vitrail n’a pas vocation à être déplacé comme un tableau. Sauf remplacement, destruction de son lieu d’origine, ou dépose pour restauration. Ceux qu’on voit dans la Galerie sont des achats, des dons ou des prêts longue durée. D’autres sont en transit après restauration en attendant de réintégrer leur lieu d’origine. Les plus spectaculaires sont les grandes verrières. L’Arbre de Jessé, début XVI de l’église de Laines-aux-Bois, conserve la palette bleu et rouge des vitraux romans. De la même époque, la verrière de la Passion, de Provins donne dans la « nouvelle » gamme grisaille, jaune d’argent. 

A G: Charles Steinhel : Histoire de la céramique, ancien Trocadero 1878 – ©Elsa Viollet/ arch dép. Aube -à Dr,-René Lalique, l'Ange, 1926, cath.Reims

A G: Charles Steinhel : Histoire de la céramique, ancien Trocadero 1878 – ©Elsa Viollet/ arch dép. Aube -à Dr,-René Lalique, l’Ange, 1926, cath.Reims ©Ch.Deschanel

Aujourd’hui comme Hier

Dans le même style, 400 ans plus tard, une verrière de Ch. Steinheil raconte l’Histoire de la Céramique. Une rescapée de l’ancien Trocadéro de 1878 détruit en 1937 ! Les besoins de la restauration en perpétuant les savoir-faire suscitent aussi des vocations. Parfois dans un style néo-médiéval quand il s’agit d’intégrer un cadre historique. Comme le panneau Henri Ier offrant son hôtel-Dieu aux malades, installé dans la chapelle œuvre fin XIXe d’Erdmann et Kremer. Plus intéressantes sont les vraies créations, comme l’Ange de Lalique en 1926, ou les Paysans normands, typiques fifties, de Raphael Lardeur. Sans omettre l’Abstraction contemporaine qui s’intègre étonnamment bien à l’architecture médiévale. Comme le montrent les verrières de J-M. Othoniel pour Notre-Dame de Chartres et celles de S. Poliakoff pour Saint Pierre d’Angoulême. Respectivement des XIIIe et XIIe siècles.

Vitrail - Raphaël Lardeur: Série de couples 1926, coll. Cité du Vitrail

Raphaël Lardeur: Série de couples 1926, coll. Cité du Vitrail© Arch. dép. Aube / Elsa Viollet

G: Jean Michel Othoniel 1964(projet Chartres) -12-Dr: SergePoliakoff, composition 1963 cath St Pierre d'Angoulême

G: Jean Michel Othoniel 1964(projet Chartres) -12-Dr: SergePoliakoff, composition 1963 cath St Pierre d’Angoulême©Elsa Viollet/ arch dép. Aube

La Chapelle

Le parcours de visite s’achève au rez-de-chaussée avec la chapelle de l’Hôtel-Dieu. Telle qu’elle a été restaurée au XIXe siècle, éclairée de hautes verrières garnies de vitraux d’époques diverses. Certains de style gothique, comme celui d’Erdmann et Kremer, 1866 représentant la fondation de l’Hôtel Dieu au XIIe s. D’autres comme Saint Marcel et Sainte Geneviève, œuvres de Jacques le Chevalier en 1937 sont bien de leur temps. Trop peut-être puisqu’ils ont été refusés par le clergé de Notre-Dame de Paris à laquelle ils étaient à l’origine destinés ! Mais le plus original est sans conteste l’oculus qui surplombe la porte d’entrée, conçue et offerte en 2021 par l’artiste verrière Fabienne Verdier.

Vitrail - Chapelle de l'Hôtel-Dieu-le-Comte

Chapelle de l’Hôtel-Dieu-le-Comte © Studio OG

Fabienne Verdier "Oculus", Manufacture Vincent-Petit (Troyes), 2021, don de l'artiste

Fabienne Verdier « Oculus », Manufacture Vincent-Petit (Troyes), 2021, don de l’artiste © Studio OG

Vitrail - L'Apothicairerie dans son état du XVIIIe s.

L’Apothicairerie dans son état du XVIIIe s. ©studio OG

L’Apothicairerie

Avant le XIXe siècle, tout hospice ou hôpital avait une Apothicairerie, généralement ouverte à tous les habitants, où se concoctaient drogues, pilules et onguents. Un certain nombre sont conservées « en l’état ». Celle de l’Hôtel-Dieu-le Comte de Troyes est une des plus belle, magnifiquement restaurée dans son état du XVIIIe siècle. sur ses majestueuses boiseries s’alignent albarelli et chevrettes en faïence, piluliers et pots à Thériaque. (une mixture mystérieuse d’ingrédients divers censée guérir tous les maux…) Aujourd’hui, c’est uniquement pour le décor que pots à onguent et boîtes médicinales en bois peint, s’alignent sur les étagères de ce qui est devenu un musée de l’Apothicairerie.

Et encore…

Ne quittez pas Troyes sans faire le tour de quelques églises de la villes garnies elles aussi de magnifiques vitraux. La Cathédrale Saint-Pierre-Saint-Paul bien sûr et l’église Sainte Madeleine dont le Chœur possède de belles verrières. Et quelques autres qu’il serait trop long d’énumérer. Et sans oublier la Route du Vitrail sur les chemins de l’Aube qui réservent aussi bien des surprises… Mais ceci est un autre voyage

Informations pratiques

Cité du Vitrail
31 Quai des Comtes de Champagne, 10 000, Troyes
Ouvert du mardi au dimanche, 10h-18h
Entrée: 4€. (Gratuit pour moins de 26 ans et étudiants)
Billetterie en ligne: https://www.cite-vitrail.fr
Réservation: citeduvitrail@aube.fr
Tel: 03 25 42 52 47 et 03 25 42 52 87

Photo d’ouverture de l’article : Cité du Vitrail, Hôtel-Dieu-le-Comte© Studio OG

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